Emmanuel Macron à l'Assemblée nationale
Emmanuel Macron à l'Assemblée nationale © Reuters / Charles Platiau

L'emblématique projet de loi Macron, qui souhaite lever des "blocages" de l'économie française, arrive ce lundi dans l'hémicycle pour deux semaines de débats. Des députés frondeurs de gauche voteront contre, mais quelques élus de droite y sont favorables.

Certes, plus de 3 000 amendements ont déjà été déposés avant le passage de la loi Macron en séance plénière, qui s'ajoutent aux 1 700 examinés en commission. Oui, l'opposition reste frontale entre le ministre de l'Economie et certaines professions réglementées (notaires, huissiers, greffiers...), qui craignent que la mise en concurrence nuise à leur pouvoir d'achat.

Mais l'ambitieux projet de loi "pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques", de son appelation officielle, encore critiqué par l'aile gauche du PS, devrait tout de même parvenir à séduire une partie de la droite.

On s'interroge à gauche... et à droite

A l'UMP, la consigne édictée par Nicolas Sarkozy, le président du parti, était de voter contre le texte. Mais certains élus de droite ont prévu de déroger à la discipline de groupe .

C'est le cas du député de la Drôme et ancien candidat à la présidence du parti, Hervé Mariton, qui salue notamment le développement du transport par autocar ou l'ouverture du capital de certaines entreprises publiques.

Je ne vais pas me tordre l'esprit à insulter aujourd'hui ce que j'ai proposé hier

Hervé Mariton n'est pas le seul à penser ainsi : François Fillon, Benoist Apparu, Gilles Carrez, Luc Chatel ou encore Frédéric Lefebvre pourraient voter tout, ou une partie, du projet de loi .

A gauche, le contexte particulier depuis les attentats à Paris semble avoir contribué à apaiser le climat . Autrefois très virulents dans leurs propos, notamment concernant l'ouverture des commerces le dimanche, certains députés frondeurs avouent désormais marcher sur des oeufs.

Le reportage de Mathieu Auger

Concernant la forme maintenant, l'attitude d'Emmanuel Macron a été saluée durant la semaine de débats en commission. "Il a été présent de 9 heures à 1 heure du matin tous les jours" , rapporte un socialiste au journal Le Parisien . Nos confrères relatent également l'approbation de Jean-Patrick Gille, député d'Indre-et-Loire.

Il a fait un sans-faute pour le moment

Certains frondeurs reconnaissent que le ministre a su écouter plusieurs de leurs revendications, notamment sur la question des compensations salariales au travail le dimanche.

Des points encore sensibles

Avec le vote du texte, Emmanuel Macron entend soigner "trois maladies" qui empêcheraient la France de "libérer, investir, travailler" .

Ce projet de loi tentaculaire aux 200 articles s'attaque à des questions aussi diverses que l'extension du travail le dimanche et la libéralisation des professions réglementées (les plus controversées), mais comprend aussi des volets sur l'épargne salariale, la réforme des Prud'hommes, les règles de licenciements collectif ou encore les transports.

Bercy souhaite notamment développer le transport par autocar , jusque là interdit pour les trajets uniquement nationaux. A la clé, "des effets très forts sur l'activité" prédisent des spécialistes, interrogés par Manuel Ruffez

Le porte-parole de l'Union syndicale Solidaires, Eric Beynel, trouve inadmissible que le délit d'entrave (c'est à dire tout ce qui peut porter atteinte aux missions des représentants du personnel) ne puisse plus être puni d'une peine de prison pour les dirigeants d'entreprise .

Même si la mesure n'était quasiment jamais appliquée, désormais les sanctions ne seront plus que financières.

On créé des zones de non-droit à l'intérieur des entreprises

Au final, pas de quoi convaincre la plupart des frondeurs qui s'accordent à dire qu'en l'état, il leur est impossible de voter le texte. Les députés Front de Gauche ont déjà prévenu qu'ils voteraient contre.

A Paris, plusieurs syndicats (CGT, FO, FSU, Solidaires) appellent à un rassemblement ce lundi à 13 heures boulevard Haussmann, devant les grands magasins.

Qu'en pensent les Français ?

Signe que les idées d'Emmanuel Macron ont fait leur chemin,l'opinion publique semble être favorable au projet de loi du ministre de l'Economie . A en croire un sondage Odoxa pour FTI, Les Echos et Radio Classique, 61% des Français voteraient le texte s'ils étaient députés, contre 38% d'opposants.

Chose rare : "un véritable consensus apparaît" entre sympathisants de gauche, qui seraient 58% à voter la loi, et sympathisants de droite (60%), relève l'institut de sondage.

Les trois dispositions les plus populaires de la loi Macron seraient l'extension de l'épargne salariale, l'ouverture des magasins le dimanche et l'ouverture à la concurrence des professions réglementées.

La loi Macron
La loi Macron © Radio France
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