En cette période de crise pour les producteurs laitiers, cette marque arrive ce lundi en rayon. Elle répond à un cahier des charges défini par les consommateurs.

"C'est qui le patron ?" demande la vache. Vous ou  la grande distribution ?
"C'est qui le patron ?" demande la vache. Vous ou la grande distribution ? © CC alkainel

"La marque du consommateur". Voilà le nom d'une nouvelle référence de lait dont vous trouverez les briques dans un millier de magasins de l'enseigne Carrefour dès ce lundi. La marque répond à un cahier des charges qui a été défini par des consommateurs concernant la nourriture du bétail, les conditions d'élevage, mais aussi de rémunération du producteur. Tout cela a fait l'objet d'une consultation sur Internet en sept questions il y a quelques semaines, pour définir le produit et son prix au bout du compte : un lait originaire de France ou non, des bêtes en pâturage ou non, plus ou moins longtemps. Et surtout quelle rémunération du producteur ? Alignée sur le cours mondial, ou bien permettant au producteur de se payer convenablement, ou bien encore permettant de se faire remplacer et de s'offrir du temps libre.

"C'est qui le patron ?"

Le slogan annonce la couleur avec son smiley jovial, et ce slogan : "Le lait rémunère le producteur à son juste prix". Pour les producteurs de la coopérative Bresse Val de Saône, c'est un appel d'air : le lait leur est acheté 39 centimes le litre, contre 21 ou 22 jusqu'à présent. "Ouf, on va pouvoir payer les arriérés de factures et tous les fournisseurs qui ont bien voulu patienter, puis enfin revenir à l'équilibre pour tirer des salaires", se félicite leur président Martial Darbon.

Avec cette nouvelle marque, il est question de permettre au consommateur de donner du sens à son achat et de prendre les rênes, insiste Nicolas Chabanne l'initiateur du projet : "On va pouvoir enfin acheter un produit dont on sait tout, en étant certains que nous les consommateurs nous ne sommes pas complices d’une situation qui n’est pas la bonne pour les producteurs. On ajoute quelques centimes et on permet aux producteurs de vivre de leur métier."

Les quelques milliers d'anonymes qui ont répondu au questionnaire semblent prêts à payer leur litre de lait un peu plus cher, pour qu'il reste éthique. "Nous consommateurs on a la possibilité de créer un succès pour un produit ou de faire en sorte qu’il ne se vende pas, donc il est intéressât d’orienter son pouvoir d’achat vers les choses qui ont du sens."

Regardez le cours du lait, il est passé de 40 centimes par litre à 26 centimes mais tout le monde a constaté que le camembert Président ne baisse pas. On va reprendre les choses à notre niveau et les gens verront ou va l’argent et si le producteur devient un partenaire. On gagne coté qualité et traçabilité mais aussi de savoir que le produit qu’on achète ne tue pas le producteur à l’autre bout de la chaîne.

Restera à fabriquer un réseau. Partenariat amorcé pour l'instant avec le groupe LSDH, qui collecte le lait de producteurs en leur garantissant une rémunération décente. Nicolas Chabanne n'en n'est pas à son coup d'essai, il a déjà fondé ces dernières années, le collectif des "gueules cassées" -- ces fruits et légumes hors normes et pourtant tout à fait consommables.

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