Deux tiers des personnes pauvres, en France, vivent en ville, selon le premier rapport sur la pauvreté de l'Observatoire des inégalités.

Contraste architectural entre un clocher d'église et une tour d'immeuble à Ivry-sur-Seine, en 2018
Contraste architectural entre un clocher d'église et une tour d'immeuble à Ivry-sur-Seine, en 2018 © Maxppp / Vincent Isore

La pauvreté est-elle plus importante mais moins visible à la campagne que dans les grandes agglomérations ? Non. Loin des discours politiques qui dessinent parfois une France de pauvres invisibles, laissés pour compte, hors des grandes métropoles, la réalité statistique est toute autre. 

66,5% des personnes pauvres en France, c'est-à-dire les personnes dont le revenu mensuel (après impôts) est inférieur à 1 015 euros (définition de l'INSEE), vivent dans les grands pôles urbains, selon le premier rapport sur la pauvreté de l'Observatoire des inégalités, organisme indépendant d'étude statistiques.

Cette réalité s'explique parce que 58,2% de la population française vit en ville, mais aussi parce que le taux de pauvreté y est plus important dans les grands centres urbains a expliqué Louis Maurin qui dirige l'Observatoire des inégalités à Claire Chaudière :

La grande masse se situe là ou la densité est très forte. L'immense majorité des personnes pauvres vivent dans les grandes agglomérations, en particulier dans les banlieues. Pas seulement dans les quartiers prioritaires en grande difficulté, mais dans toutes les banlieues des grandes villes.

Des dépenses incompressibles plus importantes en ville

En plus de cette réalité statistique, le sentiment de pauvreté peut être d'autant plus fort dans les milieux urbains que le niveau de dépenses incontournables est important dans les budgets individuels et familiaux, explique Louis Maurin :

L'essentiel des dépenses c'est le logement. Là ou le logement est cher, c'est vraiment dans les grandes villes. 

"Evidemment quand le prix de l'essence augmente, ça a un enjeu financier pour ceux qui tous les jours doivent utiliser leur automobile pour aller travailler, notamment en milieu rural, mais c'est sans rapport avec l'impact 'coût du logement' dans les grandes villes", explique Louis Maurin

Il ne s'agit pas de reléguer au second plan la détresse de certaines situations en milieu périurbain ou rural, celle des personnes âgées notamment qui y sont souvent en grande difficulté. Mais plutôt d'en finir avec ces discours qui en viennent à opposer les pauvres les uns aux autres. 

En finir aussi et surtout avec "l'exagération" contre-productive, expliquent les auteurs du rapport. 

Entre 2006 et 2016, le nombre de personnes sous le seuil des 50% du revenu médian a légèrement augmenté, avec une hausse de 600 000 personnes. Mais il n'a pas "explosé", note l'Observatoire. La situation s'est bien moins aggravée qu'en Grande-Bretagne ou en Allemagne par exemple. 

Le rapport propose de repenser les méthodes d'évaluation de la pauvreté en France pour se recentrer sur les personnes les plus en difficulté (passer du seuil de 60% à 50% du revenu médian) et ainsi mieux lutter contre la misère.   

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