La panne de signalisation qui a provoqué l'énorme pagaille à la Gare Montparnasse à partir du 30 juillet met en lumière les fragilités de la SNCF.

Guillaume Pépy, Pdg de SNCF Mobilité et Patrick Jeantet, Pdg de SNCF Réseau
Guillaume Pépy, Pdg de SNCF Mobilité et Patrick Jeantet, Pdg de SNCF Réseau © AFP / Eric Piermont

Le Pdg de la SNCF s'est exprimé après trois jours de silence à l'issue de la panne dûe à un défaut d'isolement dans le poste de signalisation de Vanves. "Ce n'est pas un défaut de maintenance" a-t-il dit. Selon lui, dans le cadre de la mise en service des lignes TGV du Grand Ouest, "'il a en effet fallu étendre les capacités du poste d'aiguillage de Vanves... et c'est à cette occasion qu'il y a eu un défaut d'isolement électrique... un défaut qui n'avait donc pas été détecté" et qui n'avait pas eu de conséquence jusqu'au week-end dernier.

La SNCF manque de robustesse

Les experts appellent cela le manque de robustesse. Ce serait le mal dont souffre la SNCF en réalité depuis longtemps. Les explications en étaient fournies au milieu du mois de juillet 2017, quelques jours avant les graves perturbations de la Gare Montparnasse. Ce groupe de spécialistes avait attiré l'attention des dirigeants de SNCF Mobilité (Guillaume Pépy) et de SNCF Réseau (Patrick Jeantet).

La robustesse est la capacité de résister aux aléas d’exploitation. Or au fil des années cette faculté à rebondir dans l’adversité s’est émoussée selon l’équipe d’experts dirigée par Yves Ramette, ancien directeur général de SNCF Réseau Île-de-France et par Alain Thauvette, ex-directeur de la région Ouest de DB Cargo.

La bataille du rail, c'est SNCF Réseau versus SNCF Mobilité

15 000 trains circulent chaque jour et la question est de savoir qui de l'infrastructure ferroviaire ou de la stratégie marketing doit primer. Cette infrastructure est gérée par SNCF Réseau, soit 53 000 collaborateurs, qui investit 5 milliards d’euros sur 1600 chantiers sur les voies ferrées en France.

En effet, la recommandation des experts est de donner à SNCF Réseau un rôle de prescripteur, en lui laissant la responsabilité de la conception de l’offre. Selon Yves Ramette, cité dans la Vie du Rail,

Il faut arrêter de faire des promesses non réalisables. Et il faut que SNCF Réseau soit l’autorité de décision et d’arbitrage

La réaction du Premier ministre Edouard Philippe mardi 1e août va dans ce sens.

SNCF Réseau aurait donc intérêt à reprendre la main sur les grandes décision du développement voyageurs, pour qu'elles soient plus conformes à la capacité des structures. Son président Patrick Jeantet dirige désormais le COOPERE, comité de 30 membres (dont la SNCF) où sont évoquées les questions de meilleure utilisation du réseau ferré national, notamment en vue d’adopter une Charte du réseau.

COOPERE a rendu un premier rapport sur des thèmes tels que la priorisation des circulations en situation perturbée, l’information amont des parties prenantes dans la programmation des travaux ou encore la trame horaire systématique, première référence dans la structuration des horaires.

Où est passée l’excellence technique ?

On comprend donc, en lisant le rapport, que pour l’heure la sagesse serait peut–être de faire circuler moins de trains. De surcroît il faut que l’activité ferroviaire retrouve un savoir faire et une qualité technique qu’elle a perdu au fil des années, et précise Yves Ramette :

Le système ferroviaire a perdu deux générations d’ingénieurs

Le rapport note qu'il faut remettre au clair le processus industriel et et surtout la rigueur et l'excellence perdue. Yves Ramette précise que cela fait 20 ans que la SNCF est enjointe à ce recadrage :

Nous avons lu un rapport de 1995 qui disait exactement la même chose que ce que nous avons constaté

Trop de pub, trop de marketing, trop d’effets d’annonce en direction des usagers au détriment de la maintenance, le reproche est fait depuis plusieurs années à Guillaume Pépy, patron de SNCF Mobilité. A sa décharge la Cour des comptes avait pointé en janvier 2017 que “la mainmise de l'Etat dans la gestion de l'entreprise handicape sa performance opérationnelle et financière”.

Mais s'il retrouvait toute liberté, accepterait-il de se faire dicter sa politique commerciale par Patrick Jeantet, le patron de SNCF Réseau ?

Certains posent aujourd’hui la question de la démission de Guillaume Pépy. Même lorsqu'il y a eu 7 morts en gare de Brétigny-sur-Orge l'Etat n'a pas réclamé sa tête.

► POUR EN SAVOIR PLUS | Quand la SNCF déraille : quelques exemples de bugs ferroviaires

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