Les 83e Championnats du monde de cyclisme, qui se déroulent au Qatar, ne sont qu'une manifestation internationale de plus dans un petit pays qui mise gros sur le sport. Décryptage.

Les 83e Championnats du monde de cyclisme se déroulent du 9 au 16 octobre à Doha, au Qatar.
Les 83e Championnats du monde de cyclisme se déroulent du 9 au 16 octobre à Doha, au Qatar. © AFP / KHALED DESOUKI

A peine une vingtaine de milliers de sportifs pratiquants au Qatar (pour 2,4 millions d’habitants) contre près de 16 millions de licences sportives enregistrées en France (pour 67 millions d’habitants). Autant dire que, en valeur absolue ou en pourcentage, le petit émirat, à peine plus grand qu’un grand département français, n’affiche a priori aucune disposition pour se placer au cœur de la planète sport. Et pourtant, c’est un secteur économique à part entière que Doha a constitué avec les années, un véritable écosystème, tant au Qatar que hors de ses frontières, au côté du transport aérien et, évidemment, des hydrocarbures.

La matière première

De la sueur et des paillettes, au Qatar, bien sûr (aujourd’hui, les compétitions locales ne produisent pas de résultats palpables sur le plan international), mais surtout là où le jeu se fait : la Qatar Investment Authority (QIA), bras financier de l’émirat, investit directement ou indirectement dans les clubs ou dans les championnats. Et elle ne choisit pas les fonds de catalogue : en France, elle a acquis en cinq ans la totalité du PSG, équipe emblématique de la Ligue 1 de football (500 millions d’euros de budget en 2016), et en Espagne, c’est sur le FC Barcelona qu’elle a jeté son dévolu dès 2010 avec un partenariat et du sponsoring.

Depuis 2011, le Qatar préside aux destinées du PSG.
Depuis 2011, le Qatar préside aux destinées du PSG. © Radio France / DR

Au-delà du football, la Qatar Sports Investments, la branche sports de la QIA, s’intéresse aux sports hippiques, au handball (Paris Handball en 2011 devenu PSG Handball), au rugby (Racing Club Narbonne Méditerranée)…

Les produits dérivés

Logiquement, si l’on a les sportifs, autant organiser les compétitions auxquelles ils participent. C’est justement un des sports favoris du Qatar. Jugez donc : depuis 2004, l’émirat a organisé 24 événements internationaux, parmi lesquels le championnat du monde de cyclisme sur route (aujourd'hui), de handball (en 2015), les Jeux arabes (2011), une étape du Grand Prix moto ou un tournoi ATP. Dans les années à venir, ce seront les championnats du monde d’athlétisme (2019) et, évidemment, la Coupe du monde de football (2022). Recalé pour les Jeux olympiques d'été de 2020, l’émirat devrait présenter sa candidature pour 2028.

Pour varier les climats, le Qatar investit dans les compétitions sportives hors de son territoire : l’émirat sponsorise par exemple le Prix de l'Arc de Triomphe, à Paris (Longchamp) ou les compétitions hippiques de Goodwood en Angleterre. La QIA veut aussi imprimer son empreinte sur des stades, à commencer par la nouvelle arène des Anglais de Tottenham, dont l’ouverture est prévue pour 2018.

La vitrine médiatique

Le Qatar fabrique du sport, du spectacle, sur son territoire et au-delà. On l’aura compris. Mais pour le faire savoir et le partager, l’émirat a investi en masse dans les droits sportifs. Et pour les exploiter, un réseau audiovisuel a été créé de toute pièce, avec des moyens et des objectifs démesurés. En quatre ans, BeIn Sports a conquis quelque 3 millions d’abonnés sur le seul marché français, assurait en juin son président, Yousef Al-Obaidly, dans L’Opinion.

BeIn Sports, qui diffuse des manifestations sportives dans le monde entier, revendique 3 millions d'abonnés en France.
BeIn Sports, qui diffuse des manifestations sportives dans le monde entier, revendique 3 millions d'abonnés en France. © Radio France / DR

Le groupe a pu revendiquer les droits de l’Euro 2016, vient d’acquérir ceux de la Ligue des champions, et, chaque année, ses chaînes diffusent l’ensemble des matchs de la Ligue 1 et de la Ligue 2. En janvier, l’intégralité du championnat du monde 2017 de handball masculin, en France, sera diffusée sur BeIn.

En préambule de sa « Vision nationale 2030 » pour le Qatar, le sheik Hamad bin Khalifa Al-Thani appelle de ses vœux…

Une économie dynamique et prospère qui assure la justice économique et sociale.

A l’évidence, dynamique et prospérité sont au cœur du projet ; pour la justice économique et sociale, il faudra compter sur un volontarisme plus marqué des autorités, pointées du doigt pour leur gestion délétère des travailleurs étrangers et la nature autoritaire du régime.

EN SAVOIR PLUSLe sport au Qatar (ministère français de l'Économie et des Finances)

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