[scald=69091:sdl_editor_representation]par Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - Les ministres des Finances de la zone euro ont ouvert la porte mardi à une éventuelle aide supplémentaire du Fonds monétaire international, alors que la réforme du Fonds européen de stabilité financière risque de ne pas avoir l'effet escompté et que la pression sur la monnaie unique ne faiblit pas.

Deux ans après avoir éclaté, la crise de la dette menace de faire dérailler l'économie mondiale et s'aggrave un peu plus chaque jour, l'Italie ayant dû concéder mardi des rendements de près de 8% pour placer des obligations à trois ans et de 7,5% pour du papier à 10 ans, en très nette hausse par rapport à octobre.

Ces coûts, similaires à ceux qui avaient déclenché les plans d'aide internationale à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal, sont jugés intenables au-delà de quelques semaines, d'autant que Rome devra refinancer pas moins de 150 milliards d'euros de dette entre février et avril prochains.

A l'issue de la réunion mensuelle de l'Eurogroupe, son président, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a annoncé que les ministres des Finances de la monnaie unique s'étaient entendus pour travailler à une hausse rapide des ressources du FMI.

"Nous avons décidé d'explorer rapidement une augmentation des ressources du FMI via des prêts bilatéraux, après le mandat du sommet du G20 de Cannes, afin que le FMI puisse avoir de manière adéquate la même puissance de feu que le FESF et coopère avec lui de manière encore plus étroite", a-t-il dit.

Selon des sources européennes, le FMI pourrait être mis à contribution pour que la BCE puisse venir en aide, indirectement, aux pays de la zone euro en difficulté.

L'une des options envisagées serait que l'institution de Francfort, via les banques centrales nationales, prête des fonds au FMI pour que ce dernier les prête ensuite à l'Italie ou à l'Espagne, ont précisé ces sources.

Ce système permettrait de ne pas violer les traités européens, qui stipulent que la BCE ne peut pas financer directement la dette des Etats.

Plusieurs sources au fait de la situation ont également dit mardi à Reuters que l'Italie avait eu des discussions préliminaires avec le FMI sur un plan de financement, auquel les banques centrales de pays européens pourraient contribuer, mais aucune décision n'a été prise pour le moment.

FESF RÉFORMÉ

Si la possibilité de voir Rome recourir à cette solution a été vivement démentie mardi, le nouveau président du Conseil Mario Monti, qui est aussi ministre des Finances, a présenté à ses pairs son plan de réformes visant à parvenir à l'équilibre budgétaire en 2013. Ces derniers lui ont apporté leur soutien.

La Grèce reste elle aussi sous pression, même si une bouffée d'oxygène lui a été apportée avec le versement d'une tranche d'aide de huit milliards d'euros.

Mardi matin, c'est la France qui a été placée sous le feu des projecteurs, les marchés réagissant négativement à un article du quotidien La Tribune selon lequel l'agence de notation Standard & Poor's pourrait placer sous peu le triple A de la France sous perspective négative.

Si la note française venait à être abaissée, la réforme du FESF, qui doit porter sa capacité d'action à 1.000 milliards d'euros, déjà difficile, deviendrait pratiquement impossible car le Fonds perdrait lui aussi sa note maximale triple A.

Son directeur général, Klaus Regling, a refusé mardi de mettre un chiffre sur la méthode de démultiplication du fonds qui a été approuvée par les ministres.

Le FESF pourra à partir de décembre assurer une tranche de 20 à 30% des nouvelles obligations émises par les pays en difficulté de la zone euro.

Il pourra également créer des fonds permettant d'attirer des investisseurs internationaux qui souhaiteraient investir dans des obligations en euro.

PRESSION AMÉRICAINE

Ce "leveraging" moins important que prévu du FESF pose à nouveau la question de la capacité des Européens à répondre à une nouvelle aggravation de la crise de la dette dans des pays comme l'Italie ou l'Espagne, trop gros pour être secourus, d'où la tentation européenne de recourir au FMI.

Avec la perspective d'une nouvelle récession en Europe et de propositions radicales de réforme de la zone euro de la part de la France et de l'Allemagne, le rôle qu'est appelée à jouer la BCE dans la gestion de la crise reste central.

La France et l'Allemagne se sont données jusqu'à fin janvier pour parvenir à une union budgétaire renforcée de la zone euro, un projet qui pourrait passer par la mise en quarantaine de plusieurs pays et a suscité des réactions négatives parmi les membres de la monnaie unique.

Selon des sources au fait des échanges entre Paris et Berlin, les deux pays envisagent de contourner une révision en bonne et due forme des traités européens - un processus qui durerait 18 mois a minima - en planchant sur un mini-traité en dehors du cadre communautaire, plus flexible et plus rapide à mettre en oeuvre.

Le président Nicolas Sarkozy doit prononcer jeudi à Toulon un grand discours sur l'économie et l'Europe tandis qu'Angela Merkel interviendra vendredi devant le Bundestag. Les deux dirigeants devraient alors révéler les contours d'un éventuel accord, comme l'a indiqué le ministre français François Baroin à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe.

Comme la veille, le président américain Barack Obama a réitéré mardi ses appels à des décisions des responsables européens et fait valoir que les Etats-Unis avaient un "profond intérêt" à une résolution rapide de la crise.

  • LE POINT sur l'actualité de l'UE

Avec le bureau de Bruxelles, édité par Jean-Stéphane Brosse

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