[scald=212523:sdl_editor_representation]par Jean-Baptiste Vey et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Les autorités françaises se lancent dans l'exercice délicat de l'abandon de l'objectif de réduction des déficits publics à 3% du PIB fin 2013, écartelées entre une croissance atone et la pression de l'Union européenne pour le sérieux budgétaire, le tout sous la surveillance des marchés financiers.

Les économistes expliquent depuis des mois que les 3% seront quasi impossibles à atteindre en raison d'une croissance qui s'annonce bien plus faible que le 0,8% prévu cette année par le gouvernement, une prévision qui sera revue dans les prochaines semaines, sans aucun doute à la baisse.

François Hollande a dit mardi quelle conséquence il comptait tirer de cette probable révision : la recherche d'un équilibre entre respect des engagements budgétaires et soutien à la croissance.

"Nous devons tout faire pour que dans l'année 2013 nous ayons le sérieux budgétaire sur lequel nous sommes engagés mais que nous ayons aussi une volonté de préserver l'activité. Et c'est en fonction de ces deux exigences (...) que nous aurons à faire les choix liés à cette perspective de croissance", a-t-il déclaré.

Cette déclaration, appuyée par d'autres propos des ministres des Finances et du Budget, laisse entendre que des hausses d'impôts supplémentaires ne seront pas décidées pour tenir coûte que coûte l'objectif de 3%.

Proche de François Hollande, le ministre du Travail, Michel Sapin, a estimé mardi sur Public Sénat qu'"il ne servirait à rien de faire une course à l'austérité supplémentaire".

L'équation économique est simple : quand la croissance est plus faible qu'attendu, les rentrées fiscales sont moindres. La règle de calcul généralement utilisée est qu'une croissance inférieure d'un point aux prévisions se traduit par un demi-point de déficit en plus.

Dans son rapport annuel présenté mardi, la Cour des comptes estime ainsi qu'une croissance économique de 0,3% cette année au lieu de 0,8% aurait un impact de 0,25 point de PIB sur les recettes publiques - et sur le déficit - par rapport aux prévisions gouvernementales.

Quant aux dépenses publiques, l'autre versant du calcul budgétaire, il faudra les tenir strictement pour respecter les objectifs de déficit structurel, qui évacuent l'impact de la conjoncture, a averti la Cour en jugeant qu'il y a peu de chances de parvenir à réduire le déficit nominal à 3% fin 2013.

FABIUS BRISE LE SECRET DE POLICHINELLE

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, est le premier membre du gouvernement a avoir officiellement levé ce qui était devenu un secret de Polichinelle, en jugeant mercredi "probable" que les 3% ne seraient pas atteints fin 2013.

Le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, a déclaré que "la probabilité d'atteindre cet objectif s'était amenuisée au fur et à mesure que la croissance pâlissait" et que "chacun sait bien qu'il est difficile d'atteindre des objectifs nominaux de déficits publics quand la conjoncture est à ce point défavorable".

Les autorités françaises se sont toujours défendues de chercher un assouplissement des règles européennes pour elles-mêmes, un abandon par exemple des objectifs nominaux pour privilégier les objectifs structurels sur lesquels insiste pourtant le récent pacte budgétaire européen.

Mais elles souhaitent néanmoins une réflexion au niveau européen pour trouver le bon équilibre entre réduction des déficits et préservation de la croissance.

La Cour des comptes souligne à ce propos dans son rapport que l'effort structurel de redressement des comptes publics prévu cette année "représente 1,9 point de PIB, soit 38 milliards d'euros, ce qui est inédit en France".

En ligne de mire, figurent désormais les nouvelles prévisions économiques de la Commission européenne attendues le 22 février et le message qui sera adressé à cette occasion à la France, qui est toujours sous procédure de déficit excessif.

Le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, avait laissé entrevoir une ouverture fin décembre en estimant qu'"une fois que vous avez une stratégie budgétaire crédible à moyen terme, y compris par le biais de réformes, vous pouvez avoir un ajustement plus doux".

Les autorités françaises discutent actuellement avec la Commission pour tenter de la convaincre de leur détermination à tenir les dépenses et à mener les réformes structurelles visant à redresser les comptes publics et l'économie française.

Après l'accord des partenaires sociaux sur le marché du travail, salué par la Commission, le gouvernement lancera cette année les travaux pour une nouvelle réforme des retraites et ceux de la "modernisation de l'action publique", qui prend la suite de la "RGPP" pour réduire les dépenses publiques.

Pour Gilles Moec, économiste chez Deutsche Bank, "la France prépare les esprits" à la révision de son objectif de déficit.

"Nous pensons que le gouvernement va essayer de garder le marché - et ses partenaires européens - de son côté en annonçant en termes plus concrets comment les économies dans les dépenses - et pas simplement les hausses des prélèvements - contribueront à la consolidation budgétaire", indique-t-il dans une note.

Edité par Yves Clarisse

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