[scald=103753:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Boudés par des consommateurs français de plus en plus économes et volatils, les commerçants se tournent vers les touristes étrangers pour tenter de trouver des relais de croissance.

La France, première destination touristique mondiale, doit faire face à de nouvelles concurrences et s'adapter à de nouvelles clientèles, souligne toutefois une étude présentée mardi et réalisée par deux cabinets de conseil pour le compte du ministère des Finances et d'organisations représentatives du commerce.

Les Français vont continuer de tailler dans leurs dépenses et la faible progression en volume de la consommation attendue en 2012 résultera surtout des 290.000 nouveaux ménages arrivant sur le marché comme chaque année alors que les dépenses par ménages seront orientées à la baisse du fait d'un pouvoir d'achat en berne avec un chômage élevé, une inflation emmenée par les prix de l'énergie et un tour de vis fiscal déjà commencé.

Après une progression de seulement 0,3% de la consommation des ménages en 2011, les économistes s'attendent en moyenne à une progression de l'ordre de 0,1% cette année, qui a d'ailleurs débuté à reculons, avec une contraction de 0,4% en janvier des dépenses de consommation en produits manufacturés, confirmant un recul de 0,2% en décembre.

Les ventes au détail sont en baisse en volume depuis le début de la crise en 2008 et plus de 8.000 commerces de détail ont été déclarés en faillite l'année dernière, représentant plus de 13% du nombre total de faillites déclarées, selon les données de l'assureur crédit Euler Hermes.

UN POSITIONNEMENT QUI S'ÉRODE

"L'apport du tourisme est essentiel pour la croissance. La clientèle locale stagne ou croît au mieux de 2% à 3% l'an quand les taux de progression sur la clientèle étrangère peuvent dépasser les 50%" a souligné Martine Delzenne, directrice générale du groupe Printemps, lors d'une table ronde.

Pour Philippe Heuzé, président du Groupe Galeries Lafayette dont les magasins en France accueillent 18 millions de touristes par an, a estimé que le "tourisme est une industrie très porteuse pour la France et une réserve d'emplois peu délocalisables".

Avec 77,1 millions de visiteurs étrangers en 2011, la France accueille certes plus de touristes qu'elle n'a d'habitants mais sa part dans les recettes du tourisme international a régressé de 6,8% en 1995 à 5% en 2010.

Les dépenses des touristes étrangers en France sont en diminution de 39,6 milliards d'euros en 2007 à 35,1 milliards en 2010, selon les statistiques de la Banque de France.

D'autres pays européens "grignotent petit à petit la place de la France en chiffre d'affaires", a rappelé le secrétaire d'Etat UMP au Commerce, à l'Artisanat et au Tourisme Frédéric Lefebvre. "Nous perdons du terrain, l'Espagne est passée devant nous", a-t-il ajouté.

En 2010, les dépenses touristiques journalières, hors tourisme de transit, s'élevaient à 64 euros en France contre 74 euros en Espagne, deuxième pays touristique du monde.

"On constate une érosion du positionnement de la France. En dépit de son rayonnement et de ses atouts, notre pays doit faire face à la concurrence de plusieurs villes européennes comme Londres, Madrid, Berlin ou Barcelone qui ont une image désormais très attractive", a prévenu Amélie du Rivau du cabinet Du Rivau Consulting, qui a réalisé avec Deloitte l'étude sur les interactions entre commerce et tourisme en comparant les offres en la matière de Metz et Bilbao, Barcelone et Bordeaux et Paris et Londres.

"PAS DE HONTE À PARLER DE SHOPPING"

La France doit aussi s'adapter aux attentes de clientèles nouvelles, soit originaires des pays émergents, soit motivées par le tourisme urbain, qui placent le shopping en tête de leurs intérêts.

La France accueille 900.000 touristes chinois par an actuellement, un chiffre qui devrait rapidement atteindre 3 millions, a souligné Amélie du Rivau en rappelant que la motivation principale de leur venue en France est le shopping auquel ils consacrent 60% de leur budget.

A Paris, le triangle Saint-Lazare-Opéra-Madeleine, où se situent notamment les implantations phares des groupe Printemps et Galeries Lafayette, accueille 12 millions de visiteurs étrangers par an, soit une fréquentation supérieure à celle de la Tour Eiffel (7 millions et du Louvre (8 millions), note l'étude. Leur nombre est évalué à 25 millions par an sur les Champs-Elysées et le tourisme international contribue à environ 40% du chiffre d'affaires des grands magasins parisiens.

"Bien sûr notre capital, c'est notre culture mais il n' y pas de honte à parler de shopping", a déclaré Frédéric Lefebvre déplorant le positionnement beaucoup trop élitiste, selon lui, de la communication de la Ville de Paris en matière touristique. Une pierre dans le jardin du maire socialiste Bertrand Delanoë, l'autre grande pomme de discorde portant sur l'ouverture des magasins le dimanche.

"Pour le tourisme, commerce et culture doivent être complémentaires, pas antinomiques", a renchéri Philippe Heuzé.

LONDRES, "PLUS INNOVANTE ET DÉCOMPLEXÉE"

Recensant les bonnes pratiques en France comme à l'étranger, l'étude préconise plusieurs pistes pour "mieux tirer parti économiquement du tourisme".

La première est de décloisonner les différents acteurs de l'offre et de la promotion touristique en y associant davantage le commerce. Olivier Petit, associé du cabinet Deloitte, a ainsi pris l'exemple de la New West End Company qui, fondée en 2000, associant 600 adhérents dans le secteur des axes commerçants de Bond Street, Oxford Street et Regent Street dans le centre de Londres et dotée d'un budget de 38 millions sur la période 2008-2013, a comme objectif d'augmenter le chiffre d'affaires de ses membres de 565 millions d'euros sur les cinq ans.

Les auteurs de l'étude recommandent aussi de mieux intégrer tourisme et commerce dans l'aménagement urbain, notamment avec des transports urbains facilitant l'accès au coeur des villes et une signalétique urbaine qui prenne en compte le shopping.

Ils mettent aussi en avant les initiatives permettant de "mieux vendre" le commerce aux touristes, soulignant les efforts d'une ville comme Londres pour attirer les grandes marques internationales. La capitale britannique accueille ainsi 55% des principales marques grand public mondiales devant Paris (49%) et reste privilégiée pour l'implantation de magasins emblématiques (flagships) en exclusivité ou en primeur par des enseignes comme Apple, Abercrombie & Fitch, United Nude... avant leur déclinaison dans d'autres villes.

"Londres propose une offre commerciale unique en Europe, plus variée, plus décomplexée, plus innovante qu'à Paris", résume ainsi l'étude

Ses auteurs soulignent enfin l'importance de l'accueil et de l'adaptation des horaires d'ouverture aux clientèles touristiques, un sujet qui ne se réduit pas à la seule question de l'ouverture dominicale mais concerne aussi l'ouverture à la mi-journée ou en soirée.

Marc Joanny, édité par Patrick Vignal

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