Dans son 26ème rapport annuel, la Fondation Abbé Pierre alerte sur la montée des impayés de loyers, des conditions de vie aggravées par la crise sanitaire, et pointe une chaîne de production et d'attribution de logements totalement grippée, un an après le début de la crise sanitaire.

Marseille, cité La Rouvière, 2020
Marseille, cité La Rouvière, 2020 © AFP / Theo Giacometti / Hans Lucas

Ils sont auto-entrepreneurs, artisans, intermittents, aides à domicile, intérimaires, travaillant dans l'évènementiel, la restauration ou encore le bâtiment... De très nombreux ménages ont affronté en 2020 les premiers impayés de loyer de leur vie. D'autres ont vu se creuser des dettes préexistantes. Avec à la clé : des procédures d'expulsion, pour certaines toujours en cours, malgré la trêve hivernale. 

Impayés de loyers : une "bombe à retardement"

Pas encore de déferlante, mais une vague qui monte de manière significative, comme l'association a pu le constater dans son lieu d'accueil parisien. "Un des effets majeurs de la crise a été de rendre visibles ceux qui sont logés mais se retrouvent sur le fil, terminent le mois avec quelques dizaines d’euros, le plus souvent en moins, et que la baisse des ressources engendrées par le confinement fait basculer dans la précarité", note le rapport.

"La crise a ainsi déstabilisé des publics jusqu’ici protégés et le phénomène est suffisamment massif pour inquiéter "

Pour prévenir cette explosion des impayés, la Fondation Abbé Pierre réitère son appel à la création d'un fonds d'aide national aux quittances de 200 millions d'euros. 

Mal-logement, la "double peine" du confinement

Confinés dans des appartements trop petits ou à la rue...la crise sanitaire et les confinements successifs des derniers mois, ont exacerbé les difficultés des mal-logés, rendant leur quotidien parfois insupportable. La problématique de la suroccupation des logements, facteur d’exposition au virus, a été mise en lumière : "Être logé ne suffit pas, encore faut-il l’être correctement. D’après l’Inserm, le surpeuplement constitue un facteur propice à la circulation du virus. Alors que le taux de contamination est de 2,1 % pour les personnes seules dans leur logement, il est de 8,5 % pour celles habitant un logement avec au moins quatre autres personnes". Quant à la question du bien-être, pour ceux qui disposaient de bonnes conditions de vie, le logement a pu être vécu comme une « bulle » confortable, alors qu’il a constitué un « enfermement » pour tous les mal-logés

Tous les maillons de la chaînes du logement sont grippés 

La crise a eu pour effet de réduire les sorties du parc HLM, "de ralentir la libération des logements et donc de restreindre l’offre disponible pour de nouveaux demandeurs, puisqu’environ 85 % des logements à attribuer le sont suite au départ d’un locataire", insiste le rapport. Au total, les demandeurs en attente ont bénéficié d’environ 100 000 attributions HLM de moins en 2020.  Un chiffre catastrophique au regard de l'engorgement que l'on constatait déjà dans le parc social ! À cela il faut ajouter le ralentissement de la construction, notamment de logements sociaux. 

Le nombre de logements HLM financés en 2020 se situera autour de 95 000, à un niveau inférieur aux 105 000 à 125 000 financés chaque année depuis 2016. Et surtout très loin des besoins, qui sont, eux, en augmentation avec la crise, puisque de nombreux ménages logés dans le parc privé et impactés par la situation économique, doivent revoir leur budget logement à la baisse. En réalité, "c’est toute la chaine du logement qui s’enraye. On peut penser que la situation va progressivement se débloquer mais elle va laisser des traces. Des projets résidentiels ont dû être différés, parfois abandonnés, des trajectoires résidentielles infléchies".

Politique du logement : l'occasion manquée

Si la crise sanitaire a plus que jamais montré le rôle et l’importance du logement, la politique du logement mis en œuvre par le gouvernement continue de manquer cruellement d'ambition, regrette la Fondation Abbé Pierre. À l'exception de la rénovation thermique des logements, le Plan de relance annoncé par l'exécutif en septembre 2020 semble oublier le secteur. "Les prélèvements décidés en 2018 sur les bailleurs sociaux sont maintenus contribuant à limiter d’autant leurs capacités d’action. Et les choix politiques des derniers mois n’apportent pas de réponse à la hauteur des enjeux révélés par la pandémie", conclut leur auteurs du rapport. À tel point que les aides publiques au secteur du logement, exprimées en pourcentage de PIB, n’ont jamais été aussi basses :1,59 % du PIB