C'est une saison blanche pour les amateurs de corrida. En Espagne, de Valence à Madrid ou en France de Nîmes à Vic-Fezensac, les arènes restent closes faute de pouvoir accueillir les aficionados dans de bonnes conditions sanitaires. Le secteur déjà fragilisé risque-t-il de succomber au Covid-19 ?

Le coronavirus est en train de mettre à mal l'économie autour de la corrida, le milieu taurin mais plus largment les villes qui acceuillent des ferias. Ici les arènes de Nîmes.
Le coronavirus est en train de mettre à mal l'économie autour de la corrida, le milieu taurin mais plus largment les villes qui acceuillent des ferias. Ici les arènes de Nîmes. © AFP / PASCAL GUYOT

Le secteur est déjà bien en peine des deux côtés des Pyrénées. En Espagne, le nombre de représentations a été divisé par deux depuis 2007. Certaines régions comme la Catalogne ont interdit les corridas.

En France, où un débat houleux fait rage depuis des années sur la question, les gradins des arènes restent souvent parsemés, et le public vieillissant a du mal à se renouveler. À Nîmes, les dernières éditions ont vu des corridas afficher 3 600 entrées payantes sur 14 000 places. La fréquentation a baissé de 30% depuis 2011. Et le coronavirus pourrait bien être l'estocade finale. La crise sanitaire conduit en effet à l'annulation d'une bonne partie de la saison tauromachique (de mars à octobre).

Les villes taurines privées de leur principale ressource

À Arles, dans les Bouches-du-Rhône, la feria de Pâques est le lancement de la saison estivale. Les visiteurs dépensent sept millions d'euros sur quatre jours de fêtes, selon une étude de la CCI du pays d'Arles.

La feria n'est pas que le rendez-vous des aficionados, c'est aussi celui des fêtards qui viennent déambuler un verre à la main de bodegas en bodegas. À Nîmes, la feria de la Pentecôte attire en cinq jours un million de visiteurs. La petite ville gersoise de Vic-Fezensac de 3 000 habitants accueille 50 000 personnes en quelques temps jours. Pour les cafetiers et restaurateurs de ces villes, l'annulation est un choc immense. La saison est finie.

La ville de Béziers se fait remarquer. Après avoir, comme tout le monde, annulé son rendez-vous taurin de l'été, la municipalité a décidé de reprogrammer 3 corridas à la mi août. Chaque groupe devant être séparé par une place vide, la capacité maximale est fixée à 5 000 places.

Pour éviter le naufrage économique local, les élus des villes concernées veulent maintenir les ferias de la rentrée, prévues en septembre. À Nîmes, le maire maintient le rendez-vous pour le moment, mais avec le conditionnel de rigueur : Jean-Paul Fournier indique avoir demandé à ses services de proposer des "scénarios alternatifs à l'organisation de la feria, même avec des capacités d'accueil limitées, des nouveaux dispositifs pour le respect des normes sanitaires". D'autres ont déjà opté pour l'annulation.

Le milieu taurin est asphyxié

Tout le microcosme tauromachique étouffe depuis le Covid-19 : éleveurs, toreros, cavaliers, banderilleros et tous les autres métiers satellites, comme les costumiers.

Dans un rapport, l'Union des éleveurs de taureaux de combat, qui représente 345 exploitations, estime les pertes à plus de 77 millions  d'euros. Un bon nombre de leurs bêtes va finir à l'abattoir, ce qui leur fait perdre 90% de leur valeur marchande par rapport à un contrat pour une corrida.

Les acteurs ont sorti leur calculette : 700 millions d'euros de perte pour l'ensemble des entrepreneurs, estime le français Simon Casas, directeur des prestigieuses arènes de Madrid, Valence et de Nîmes. "Si on gère mal cette crise, c'est un coup mortel pour la tauromachie", reconnaît-il dans un entretien à Midi Libre.

En Espagne, les représentants du secteur espèrent pouvoir bénéficier d'une partie des 80 milliards d'euros d'aides mis sur la table par le gouvernement pour soutenir le secteur culturel. Plusieurs manifestations ont eu lieu pour revendiquer le caractère culturel de la tauromachie. Des toreros (comme le français Sebastian Castella) ont pris part à leur façon à ce mouvement.

Les toreros de renom vont sortir sans encombre de cette année blanche (les contrats pour une seule corrida peuvent aller jusqu'à 150 000 euros), mais les plus jeunes n'auront pas ce loisir. Ce non renouvellement des têtes d'affiche est l'une des explications du manque d'intérêt grandissant pour la corrida. Depuis des années, les "cartels" (affiches) offrent, sans surprise, les mêmes noms chaque année. Inlassablement.

Déjà revigorés par le déclin de la tauromachie, les anti-corridas souhaitent profiter de ce contexte pour parvenir à leurs fins : que plus un seul taureau ne se fasse tuer dans une arène. Cette épidémie inattendue a peut-être déjà réalisé en grande partie leur souhait.

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