"Capitalisme et idéologie", c'est le dernier ouvrage de Thomas Piketty, paru en septembre 2019. Consacré à l'importante augmentation des inégalités dans le monde, le livre risque de ne pas sortir en Chine l'économiste refusant la censure imposée par son éditeur chinois.

Le précédent livre de Thomas Piketty, "Le Capital au XXIe siècle" n'avait pas été censuré en Chine.
Le précédent livre de Thomas Piketty, "Le Capital au XXIe siècle" n'avait pas été censuré en Chine. © AFP / Hans Lucas

Pour Thomas Piketty, l'auteur de Capitalisme et idéologie, ce sera tout ou rien : son dernier livre paraîtra tel qu'il l'a écrit, ou ne paraîtra pas. Et c'est ce qui risque d'arriver en Chine, où les éditeurs imposent à l'économiste de le censurer.

Après la sortie de Le Capital au XXIe siècle en 2013, le dernier livre de Thomas Piketty est paru en France en septembre 2019, aux éditions du Seuil. Près d'un an après, Capitalisme et idéologie n'a pas encore été publié sur le continent chinois. La raison ? Citic Press Group, son éditeur chinois, demande à ce que toutes les parties du livre liées aux inégalités en Chine soient supprimées. "En résumé ils veulent supprimer toutes les références à la Chine contemporaine, et en particulier à l'inégalité et à l'opacité en Chine", explique l'auteur à l'AFP. "J'ai refusé ces conditions, et indiqué que j'accepterai uniquement une traduction intégrale sans coupe d'aucune sorte" a-t-il ajouté. "Les autres maisons d'édition chinoises en contact avec mon éditeur français ont indiqué qu'elles exigeraient également des coupes, donc à ce stade il est probable que ce livre ne soit pas publié en Chine continentale", termine l’économiste.

"La Chine est le seul pays à avoir formulé de pareilles exigences"

La censure des livres est souvent une condition préalable à la publication en Chine, où le Parti communiste au pouvoir garde un contrôle strict sur ce qui peut être publié, diffusé ou partagé en ligne. "La Chine est le seul pays à avoir formulé de pareilles exigences", poursuit M. Piketty pour qui cette "censure illustre la nervosité croissante du régime chinois et son refus d'un débat ouvert sur les différents systèmes économiques et politiques".

La maison d'édition a réagi auprès de l'AFP : "Citic Press a eu l'honneur de coopérer avec M. Piketty afin de publier la version chinoise du "Capital au XXIe siècle". Les deux parties ont été heureuses de leur coopération. Les droits d'auteur du nouveau livre de M. Piketty sont toujours en négociation". 

Quant à Thomas Piketty, il a posté ce matin sur Twitter ces quelques mots sans masquer sa déception : "Dans Capitalisme et idéologie, j'offre une perspective critique mais constructive sur les régimes inégalitaires et leurs hypocrisies : en Chine, mais aussi aux États-Unis, en Europe, en Inde, au Brésil, au Moyen-Orient... C'est triste que le "socialisme aux caractéristiques chinoises" de Xi Jinping se retire d'une discussion ouverte". 

Le dernier opus de l'auteur avait pourtant connu un grand succès en Chine. Xi Jinping avait même déclaré que Le Capital au XXIe siècle avait "suscité un débat houleux dans la communauté universitaire internationale" et que ses arguments sur l'impact du "capitalisme incontrôlé" sur l'inégalité des richesses étaient "dignes de notre profonde réflexion" rapporte le South China Morning Post. En d'autres termes, le président chinois avait vu dans cet ouvrage l'opportunité d'affirmer la domination du modèle communiste chinois face au modèle américain notamment. 

L'économiste Thomas Piketty donnant une lecture de son premier livre "Le Capital du XXIe siècle" à Pékin en Chine.
L'économiste Thomas Piketty donnant une lecture de son premier livre "Le Capital du XXIe siècle" à Pékin en Chine. © AFP / FRED DUFOUR

Mais dans Capital et idéologies, Piketty se consacre aux "sociétés communistes et postcommunistes". Il s'attaque entre autre à la "ploutocratie" d'un régime chinois, qui, en matière d'inégalités de revenus a rattrapé, voire dépassé les pays occidentaux. "À la fin des années 2010, (...) la Chine est à peine moins inégalitaire que les États-Unis, et elle l'est nettement plus que l'Europe, alors qu'elle était la plus égalitaire des trois régions-continents au début des années 80" peut-on lire dans Capitalisme et idéologie. Une phrase, parmi des dizaines d'autres, que la Chine ne souhaite pas voir apparaître dans son pays. 

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