Il y a un an, le viaduc de Gènes s'effondrait, faisant 43 morts. Après la catastrophe, Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur de l'époque, avait promis des ressources supplémentaires pour éviter pareil scénario chez nous. Douze mois plus tard, où en est la France ?

Le viaduc autoroutier d'Echinghen a été classé parmi les deux ponts qui nécessitaient "une intervention urgente"
Le viaduc autoroutier d'Echinghen a été classé parmi les deux ponts qui nécessitaient "une intervention urgente" © AFP / François Lo Presti

C'est la grosse difficulté du dossier : comment faire un diagnostic exact lorsqu'on ne connaît pas tout du patient ? "Pour savoir si les ponts français sont en bonne santé, encore faut-il déjà réussir à les recenser", déplore Patrick Chaize, sénateur Les Républicains de l'Ain, chargé récemment d'une mission sur la question. "C'est bien le problème : personne n'est aujourd'hui capable de dire exactement combien ils sont".   

25 000 ponts "à risque" (mais surtout des petits) 

Alors certes, on peut faire une estimation au doigt mouillé. "Après recoupement des informations récoltées auprès des collectivités, il semblerait qu'on puisse compter environ 250 000 ponts sur le territoire. Et sur ces 250 000 ponts, 25 000 mériteraient d'être au minimum rénovés", alerte Patrick Chaize.

Un pont sur 10 en France serait donc à risque. Mais pas de panique : "Un drame comme celui de Gènes a peu de chances d'arriver chez nous", affirme l'élu. "Ces 25 000 ponts sont souvent de petits, voire de très petits ouvrages, qui n'ont rien à voir avec la structure qui s'est effondrée en Italie".   

Un spécialiste des questions d'infrastructures nuance : "Il faut distinguer d'un côté ces ponts, pour la plupart concédés, qui font l'objet d'une attention toute particulière de la part de sociétés de BTP qui ont des obligations de sécurité, et les ponts que les collectivités n'ont pas les moyens d'entretenir". 

Les sénateurs missionnés sur le sujet estiment qu'il faudrait allouer à ces collectivités la bagatelle de 130 millions d'euros par an sur les dix prochaines années pour qu'elles puissent se remettre à niveau. Le gouvernement veut bien assister les maires (en matière d'ingénierie, notamment) mais n'entend pas se substituer à eux. D'autant qu'au ministère des Transports, on assure avoir déjà fait un effort financier : 

Le budget alloué à la seule rénovation des points est passé de 50 à 79 millions d'euros cette année et augmentera encore l'an prochain.  

En septembre dernier, Elisabeth Borne avait présenté un bilan concernant les 164 plus grands ponts français. Le rapport avait conclu à l'urgence de travaux pour deux d'entre eux : l'un à Échinghen, dans le Pas-de-Calais, l'autre à Martigues, dans les Bouches-du-Rhône. Bien qu'à Échinghen, le viaduc soit au cœur de contentieux entre le concessionnaire (la Sanef) et les constructeurs, accusés d'être responsables de l'état de l'ouvrage, un proche de la ministre des Transports garantie que les travaux sont en cours pour remettre les deux ponts en parfait état.

"C'est une peur quotidienne", déclarait mercredi sur franceinfo Bruno Fortier, maire de Crépy-en-Valois (Oise). Comme 7% des 12 000 ponts que compte le réseau national, celui de la commune présente un risque d'effondrement à terme. Malgré les barrières mises en place pour limiter l'accès aux véhicules légers, des poids lourds enfreignent régulièrement l'interdiction, constate l'élu, qui décrit des chutes de blocs de ciment et des garde-corps qui ne tiennent plus.

À l'Assemblée, Benoît Simian, député LREM de Gironde et rapporteur du budget infrastructures et transports fait état d'"un réseau qui se dégrade depuis des années", de la nécessité de trouver des nouveaux moyens de financement. Et l'élu d'évoquer à nouveau, entre autres, l'idée d'une "vignette poids lourds" ou d'un "pass camion". Le projet de loi de finances 2020, doit selon lui, permettre d'avancer sur tout ça.

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