Le Français Jean-Sébastien Jacques, patron du géant minier Rio Tinto, a démissionné ce vendredi avec deux autres hauts dirigeants suite au scandale du dynamitage d'un site aborigène en Australie en mai dernier. Le site comportait des grottes préhistoriques d'une valeur inestimables, habitées il y plus de 46.000 ans.

Jean-Sébastien Jacques occupera encore ses fonctions jusqu'à ce qu'un successeur soit nommé ou jusqu'au 31 mars 2021.
Jean-Sébastien Jacques occupera encore ses fonctions jusqu'à ce qu'un successeur soit nommé ou jusqu'au 31 mars 2021. © Maxppp / Dominic Lipinski

Le Français Jean-Sébastien Jacques, patron du groupe minier Rio Tinto, et deux autres hauts dirigeants ont démissionné ce vendredi, suite au dynamitage en mai dernier d'un site aborigène préhistorique en Australie, qui avait créé la polémique dans le pays.

Le 24 mai, le groupe avait détruit à l'explosif la grotte de Juukan Gorge, lors de travaux pour agrandir une mine de fer, dans la région reculée de Pilbara en Australie occidentale. Un site reconnu d'intérêt archéologique et patrimonial, habité par des Aborigènes il y a plus de 46.000 ans. L'affaire avait provoqué la colère de la communauté aborigène mais aussi des actionnaires du groupe anglo-australien, qui demandaient des démissions.

"Ce qui s'est passé à Juukan est une faute" 

C'est le président du groupe, Simon Thompson, qui a annoncé le retrait, "d'un commun accord", du directeur général Jean-Sébastien Jacques, du chef de la division "Minerai de fer" Chris Salisbury et de la cheffe de la communication Simone Niven. "Ce qui s'est passé à Juukan est une faute et nous sommes déterminés à faire en sorte que la destruction d'un site patrimonial d'une importance archéologique et culturelle aussi exceptionnelle ne se reproduise plus jamais lors d'une opération de Rio Tinto", a indiqué le président dans un communiqué.

Le Français continuera d'occuper ses fonctions jusqu'à ce qu'un successeur soit nommé ou jusqu'au 31 mars, et les deux autres dirigeants quitteront le groupe, numéro 2 mondial du fer, dès le 31 décembre. Les trois dirigeants avaient été privés fin août de leurs bonus, s'élevant pour Jean-Sébastien Jacques à 3 millions d'euros.

Rio Tinto avait obtenu des autorisations légales

Selon une enquête interne du conseil d'administration sur cet incident, le géant minier avait obtenu des autorisations de l'État en 2013 pour détruire le site, ce que les dirigeants avaient initialement défendu face à l'émoi provoqué dans le pays. Mais ce faisant, le groupe n'avait pas respecté ses propres standards, révèle l'enquête qui indique que ce dynamitage n'était "pas le résultat d'une seule cause ou d'une seule erreur", mais "d'une série de décisions, d'actions et d'omissions sur une longue période". L'affaire avait provoqué plusieurs manifestations, poussant Rio Tinto a présenter des excuses, d'autant que les responsables aborigènes ont estimé avoir été informés au dernier moment, ne pouvant donc pas empêcher cette destruction.

Des découvertes archéologiques majeures 

Un an après l'obtention des autorisations de dynamitage, des fouilles archéologiques avaient été menées sur cette terre rouge riche en minerai de fer, dans les grottes du site. Elles avaient permis de découvrir l'outil en os le plus ancien trouvé à ce jour en Australie, réalisé à partir des restes d'un kangourou il y a 28.000 ans. Grâce à des analyses ADN, un lien avait aussi été établi entre les aborigènes vivant sur le site à l'époque et ceux résidant aujourd'hui dans le secteur.

Le comité représentant les propriétaires terriens aborigènes (NNTC) a salué ces "licenciements" tout en soulignant qu'il ne "s'agit que d'une première étape cruciale". "Nous espérons que cela enverra un message fort à l'ensemble du secteur minier : vous devez rejoindre le XXIe siècle et commencer à prendre au sérieux votre gestion environnementale et sociale", a déclaré le directeur général du NNTC Jamie Lowe.

Le Parlement australien mène actuellement sa propre enquête sur la destruction de la grotte de Juukan Gorge. La polémique a également poussé l'État d'Australie occidentale a réexaminer les lois régissant les activités minières près des sites du patrimoine aborigène.

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