Trois millions. C'est le nombre de logements vacants que compte aujourd'hui la France. Pourtant, il s'en construit 375 000 de plus chaque année, selon l'Insee. En cause, des logements neufs en majorité bâtis en périphérie, au détriment de la rénovation des centres-villes. Mais alors, comment expliquer ce paradoxe ?

Banderole affichée sur l'Hôtel de ville de Paris lors d'une manifestation pour le droit au logement des sans-abris et personnes en difficulté en janvier 2018.
Banderole affichée sur l'Hôtel de ville de Paris lors d'une manifestation pour le droit au logement des sans-abris et personnes en difficulté en janvier 2018. © Jérôme Chobeaux

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sur la période 2010-2015, la France a bâti autant qu'elle a délaissé de structures habitables. En 2015, 375 000 logements supplémentaires ont été répertoriés comme inoccupés, selon un panorama du logement publié mardi par l'Institut national des statistiques.

Résultat, le pays compte désormais près de 3 millions de logements vacants, soit 8 % de l'ensemble du parc résidentiel. Principales victimes de ces chiffres d’inoccupation en hausse, les villes-centres voient leur parc ancien se déliter au profit des parcs de logements flambant neufs qui fleurissent en périphérie. 

Une offre supérieure à la demande

Sur les quinze dernières années, la politique d’incitation fiscale induite par les lois Pinel, Scellier ou Duflot, a boosté la construction de logements neufs. Les bailleurs et propriétaires n'ont pas maintenu leur parc locatif aux exigences minimales inscrits dans la loi. Les caractéristiques structurelles des logements anciens des centres-villes (manque de parkings, travaux coûteux de remise aux normes, etc.) expliquent également l'inoccupation de ces biens, les ménages préférant des logements mieux équipés, souvent situés en périphérie. 

Résultat, les logements vacants augmentent à un rythme plus soutenu qu’auparavant. Leur nombre a ainsi progressé de 3,4 % par an en moyenne entre 2010 et 2015, soit un rythme de croissance 2,5 fois plus élevé qu’entre 1999 et 2010 et 6 fois plus élevé qu’entre 1990 et 1999. Au total, 2,8 millions de logements sont vacants, soit 8 % du parc résidentiel

Preuve de ce paradoxe, la progression du nombre de logements entre 2010 et 2015 était de 1,1 % en moyenne, tandis que la population progresse de 0,5 % chaque année. Pour résumer, on construit 2,2 fois plus vite d'habitations que les besoins réels des Français.

Les centres des petites et moyennes villes sont les plus touchés

Dans les grandes aires urbaines, le taux de vacance est toujours plus élevé dans les villes que dans leur zone d’influence. En 2015, parmi les 23 aires urbaines peuplées de 400 000 habitants ou plus, les écarts entre villes-centres et la moyenne des communes de banlieue et couronne sont particulièrement marqués. Un record a même été atteint dans les centres-villes d'Avignon, de Douai et de Nice avec 15 % de parc vide enregistré pour l'année 2015.

A l'inverse, lorsque le marché immobilier est tendu, dans les grandes métropoles, avec une offre de logements inférieur à la demande, le taux de vacance est en moyenne moins élevé. Dans les 27 grandes aires urbaines centrées sur une agglomération où le marché de l’immobilier est identifié comme "sous pression", le taux de vacance atteint en moyenne 6,7 %.

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