La maire sortante compte surfer sur la crise du tourisme engendrée par l'épidémie de coronavirus pour combattre la mainmise d'Airbnb à Paris. Elle envisage la création d'une société d'économie mixte capable de racheter des appartements loués aux touristes étrangers pour les remettre sur le marché locatif.

La maire sortante de Paris Anne Hidalgo, au cours d'un meeting de campagne, le 26 février dernier
La maire sortante de Paris Anne Hidalgo, au cours d'un meeting de campagne, le 26 février dernier © AFP / Joël Saget

Comment réduire la pression locative à Paris, où le mètre carré se loue en moyenne 32 euros ? Candidate à sa propre succession, la maire sortante Anne Hidalgo a bien l'intention de poursuivre son combat contre la plateforme Airbnb, qu'elle accuse de détourner du marché plusieurs dizaines de milliers de logements, et de tirer ainsi les prix vers le haut. Parmi ses propositions, la création d'une société d'économie mixte, ayant "la capacité de racheter ces logements et de les remettre sur le marché locatif longue durée à moins de 20% du prix du marché actuel", a détaillé l'élue socialiste ce jeudi sur France Inter. Explications.

Qu'est-ce qu'une société d'économie mixte ?

Il s'agit d'une société anonyme, dont le capital est détenu en majorité par une ou plusieurs personnes publiques, par exemple l'État ou une collectivité territoriale. Créée pour servir l'intérêt général, elle peut effectuer des travaux d'aménagement, construire des services publics, ou encore financer des équipements hospitaliers par exemple. 

La société d'économie mixte évoquée par la maire de Paris serait dotée au total de 6 milliards d'euros, provenant de la Ville (1 milliard), de la Caisse des Dépôts ainsi que de partenaires privés, a précisé Anne Hidalgo.

Comment cela fonctionnerait ?

Cette société serait chargée de racheter des appartements jusqu'ici mis en location pour de courts séjours via la plateforme Airbnb. Loués ensuite 20 % en dessous des prix du marché, ils permettraient d'alimenter un marché locatif intermédiaire, entre logement social et logement privé.

Ne pouvant contraindre les propriétaires à vendre, la municipalité compte surtout sur la crise du tourisme engendrée par l'épidémie de coronavirus. "Beaucoup de logements Airbnb sont aujourd'hui vacants", note Ian Brossat, adjoint en charge du logement dans la capitale, joint par France Inter. "Il est plausible qu'à Paris, on ne reverra pas un afflux massif de touristes dans les mois à venir."

"Notre cible, ce sont les propriétaires qui ont acheté des logements pour faire du Airbnb, qui ont contracté des emprunts et qui risquent donc de faire défaut", poursuit l'élu. Ceux-là se verraient alors contactés soit de façon directe, soit par l'intermédiaire des banques. 

En parallèle, l'équipe municipale mise sur un ajustement naturel, face à la crise du tourisme. Une partie des propriétaires ayant investi dans un appartement en vue de le louer à des vacanciers venus visiter Paris pourraient spontanément décider de mettre leur bien en location sur le marché classique. D'après le journal Le Monde, le site de petites annonces Leboncoin a d'ailleurs enregistré depuis la fin du confinement un pic de nouvelles offres de meublés disponibles à moyen et long terme. 

Une stratégie efficace ?

Pour Ian Brossat, la période actuelle représente "une occasion historique de récupérer les logements perdus".  Cette stratégie peut-elle s'avérer payante ? "L'idée est intéressante, mais je ne vois pas comment elle peut fonctionner", observe Pierre Madec, spécialiste des questions immobilières à l'Observatoire français des conjonctures économiques. "Dans un secteur en tension, comment faire en sorte que les propriétaires acceptent de vendre leur bien à la Ville et pas à un autre acheteur?"

L'économiste met en garde contre ce qui pourrait être un "effet néfaste" du dispositif. "Si les logements sont rachetés par la Ville au prix du marché, cela va soutenir la demande, avec un risque inflationniste." Reste à savoir si un droit de préemption peut être mis en place, afin que la société d'économie mixte soit prioritaire par rapport à d'autres acheteurs potentiels. Un point qui reste à "caler juridiquement", dit-on du côté de l'équipe d'Anne Hidalgo. 

Autre enjeu : agir suffisamment vite, avant que les touristes ne reviennent massivement dans la capitale. "Cela fera partie des premiers actes que je poserai", assurait jeudi la maire sortante.

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