le parlement chypriote rejetterait la taxe bancaire
le parlement chypriote rejetterait la taxe bancaire © reuters

NICOSIE (Reuters) - Le Parlement chypriote s'apprête à rejeter la taxe sur les dépôts bancaires négociée avec les pays de l'Eurogroupe dans le cadre d'un plan de renflouement de 10 milliards de dollars du pays, a dit mardi un porte-parole du gouvernement.

L'examen de la mesure par les 56 députés doit débuter à 16h00 GMT ce mardi à l'assemblée, au sein de laquelle aucun parti ne dispose de la majorité.

Dans un premier temps, Nicosie et ses partenaires de la zone euro s'étaient entendus sur un accord prévoyant une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires, se répartissant en deux tranches: un prélèvement de 6,75% jusqu'à 100.000 euros et un prélèvement de 9,9% au-delà.

Après de nouvelles négociations, le gouvernement chypriote a obtenu des Européens une modulation de ces chiffres afin, notamment, de ne pas pénaliser les petits épargnants.

En échange de cette taxe exceptionnelle, les créanciers internationaux de Chypre débloqueraient une aide de 10 milliards d'euros.

Le projet de taxe a provoqué une vague d'inquiétude dans la population chypriote et son examen par le parlement, initialement prévu dimanche, a été reporté à deux reprises.

Trois partis ont clairement laissé entendre qu'ils ne soutiendraient pas une telle mesure tandis qu'un quatrième, participant à la coalition gouvernementale, a déclaré qu'il ne pouvait pas l'adopter en l'état.

"Il semble que cela ne passera pas", a déclaré Christos Stylianides, porte-parole du gouvernement, s'exprimant sur la radio nationale.

Le président Nicos Anastasiades s'est entretenu au téléphone avec la chancelière allemande Angela Merkel lundi soir et a "insisté pour que ses partenaires européens offrent une aide supplémentaire". De nouvelles discussions entre Nicosie et Berlin sont prévues ce mardi.

AJUSTEMENTS

Nicos Anastasiades devrait également discuter de ce sujet avec le président russe Vladimir Poutine au cours de la journée, a ajouté le porte-parole, la décision de taxation touchant notamment les intérêts d'hommes d'affaires russes ayant d'importants dépôts bancaires dans l'île.

Vladimir Poutine avait jugé lundi que le prélèvement préconisé par les Européens était "injuste, non professionnel et dangereux".

Le ministre chypriote des Finances, Michael Sarris, doit avoir des entretiens avec des responsables russes mercredi à Moscou.

L'annonce de ce prélèvement, présenté comme exceptionnel, a incité les Chypriotes à se ruer en masse sur les distributeurs automatiques pour retirer des fonds.

Les banques, fermées lundi pour cause de jour férié, resteront closes mardi et mercredi également afin de préserver la stabilité du secteur financier tandis que les échanges à la Bourse de Nicosie ont été suspendus pour ces deux journées.

Les ministres des Finances de la zone euro ont tenté lundi d'apporter des ajustements au projet initial négocié dans la nuit de vendredi à samedi à Bruxelles.

L'Eurogroupe s'est ainsi prononcé pour une taxe de 15,6% pour les dépôts au-delà de 100.000 euros afin de recapitaliser le secteur financier chypriote sans pénaliser les petits dépositaires qui seraient exonérés.

Ce plan, s'il était accepté par Nicosie, permettrait de lever 5,8 milliards d'euros qui s'ajouteraient à l'aide promise par l'Eurogroupe.

Bien que Bruxelles affirme qu'il s'agit d'une mesure unique et exceptionnelle, ce plan engendre la crainte d'une contagion dans d'autres pays de la zone euro.

"Si vous êtes (un petit épargnant) grec, italien ou espagnol, vous vous dites que vous risquez d'être le prochain", a commenté un banquier français sous le sceau de l'anonymat.

Michele Kambas; Pierre Sérisier pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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