La Commission de la pêche du Parlement européen se penchera en novembre sur la pêche électrique, interdite depuis 1998, mais autorisée à titre expérimental.

Chalutiers dans le port de pêche d'Oudeschild à Texel, Pays-Bas.
Chalutiers dans le port de pêche d'Oudeschild à Texel, Pays-Bas. © Maxppp / Philippe Clément

La pratique est interdite en Europe depuis 1998, mais la Commission européenne souhaite la rétablir. La pêche électrique se fait à bord de chalutiers dont les filets sont équipés d'électrodes. Elles émettent des pulsations qui électrisent les poissons vivant au fond des mers, permettant ainsi de les capturer. Depuis 2007, des dérogations sont accordées permettant d'utiliser cette méthode à titre expérimental.

La proposition de la Commission européenne, prévue ces 9 et 10 octobre, a finalement été reportée d'un mois. Elle va être examinée dès le 21 novembre par la Commission de la pêche du Parlement européen, qui va devoir décider si la pêche électrique peut être considérée comme une méthode "conventionnelle".

Impossible de mesurer les conséquences sur l'environnement

La réglementation permet à chaque État membre de l'Union européenne d'équiper en électrodes jusqu'à 5% de sa flotte de chalutiers. Mais pour le moment, aucun bilan n'a été tiré de ces dix ans d'expérimentation.

Impossible, donc, de mesurer les conséquences de la pêche électrique sur l'environnement, au grand dam d'Hubert Carré, le directeur général du Comité national des pêches : "Qui dit expérimentation, dit protocole scientifique et production de bilan scientifique. Or, nous sommes toujours en attente de ces bilans, si bien que nous sommes très réservés sur cette technique et un certain nombre de nos professionnels, notamment à Dunkerque, Calais et Boulogne-sur-Mer, y sont farouchement opposés car ils ont constaté qu’après le passage de ces chalutiers de pêche électrique, il y avait un taux de mortalité, notamment des juvéniles, relativement important."

Pour Bloom, une ONG de défense de la pêche durable, cette méthode est "démente" et surement pas "conventionnelle" : "On voit très bien que les poissons pêchés ont souvent des marques de brûlures, des ecchymoses ou la colonne vertébrale fracturée, explique Frédéric Le Manach, le directeur scientifique de Bloom. Qu’en est-il de l’impact sur les juvéniles, sur les œufs, sur les invertébrés, sur les poissons électrosensibles comme les requins et les raies ? On n’en a aucune idée. Quel est l’impact à long terme là où les bateaux vont passer plusieurs fois par an ? Un poisson qui se fait électrocuter 3, 4, 5, 6, 7 fois, il doit forcément avoir un sacré nombre d’effets néfastes sur sa reproduction, son alimentation…".

Une plainte contre les Pays-Bas

L'inventeur néerlandais du système assure que la pêche électrique n'est absolument pas dangereuse, ni pour les poissons visés, ni pour tous les autres organismes vivants. "Certaines personnes pensent encore que le poisson est électrocuté, ce n’est pas vrai, les muscles et le système nerveux du poisson sont stimulés par les impulsions et ça le fait sortir, de lui-même, des fonds dans lesquels il est enfoui", affirme Harmen Klein Woolthuis. Les défenseurs de la pêche électrique mettent également en avant l'aspect économique de la méthode : moins de CO2 rejeté et une consommation de carburant réduite de 20 à 40 %.

Lundi dernier, l'ONG Bloom a porté plainte devant la Commission européenne contre les Pays-Bas, qui dépasseraient largement les dérogations européennes, avec 28 % de bateaux équipés de filets à électrodes. En février dernier, la France a indiqué qu'elle souhaitait le maintien de l'interdiction de la pêche électrique.

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