Les périodes de canicule seront de plus en plus fréquentes et viendront entacher la productivité des travailleurs particulièrement dans les secteurs de la construction et de l'agriculture. Selon l'Organisation Internationale du Travail l'équivalent de 80 millions d'emplois pourraient être détruits d'ici 2030.

En 2013, les températures élevées ont gravement endommagé l'agriculture et provoqué une pénurie d'eau potable pour plus de 417 000 personnes dans le Zhejiang en Chine
En 2013, les températures élevées ont gravement endommagé l'agriculture et provoqué une pénurie d'eau potable pour plus de 417 000 personnes dans le Zhejiang en Chine © AFP / WANG DINGCHANG / XINHUA

Avec le réchauffement climatique, l'augmentation du stress thermique dans l'agriculture et d'autres secteurs industriels devrait se traduire par une perte de productivité équivalant à 80 millions d'emplois d'ici 2030, selon l'Organisation internationale du travail de l'ONU.  

Dans un nouveau rapport, l'OIT estime qu'à cette date, 2,2% du total des heures travaillées dans le monde pourraient être perdues en raison des températures élevées, selon des projections basées sur une hausse de la température mondiale de 1,5°C d'ici la fin du siècle.   

Plus de chaleur, moins de productivité

L'impact sera plus grand en Asie du Sud et en Afrique de l'Ouest, où environ 5% des heures travaillées pourraient être perdues en 2030, soulignent les auteurs du rapport intitulé "Travailler sur une planète plus chaude : l'impact du stress thermique sur la productivité du travail et le travail décent". 

Au total, les pertes économiques représenteraient quelque 2.400 milliards de dollars à l'échelle mondiale. "C'est en gros l'équivalent de l'économie du Royaume-Uni", a dit Catherine Saget, co-auteur du rapport, devant la presse.  

Le stress thermique fait référence à une chaleur supérieure à ce que le corps peut tolérer sans subir de dommage physiologique, explique l'OIT, ajoutant que cela intervient généralement lors de températures supérieures à 35°C avec une forte humidité.  

Les deux secteurs les plus exposés sont l'agriculture et la construction

L'agriculture emploie 940 millions de personnes dans le monde et devrait représenter 60% des heures de travail perdues d'ici 2030. De nouvelles hausses de température rendront certaines zones agricoles improductives, ce qui entraînera le déplacement d’un grand nombre de personnes. 

Alors que la construction ne représentait que 6% du total des heures de travail perdues en raison du stress thermique en 1995, cette part devrait passer à 19% d’ici à 2030. Il est à noter que la plupart des heures de travail perdues en raison du stress thermique en Amérique du Nord, en Europe occidentale, en Europe du Nord et du Sud et dans les États arabes sont concentrées dans le secteur de la construction.

L'Asie du sud et l'Afrique de l'Ouest seront les zones les plus touchées

"L'impact du stress thermique sur la productivité du travail est une conséquence grave du changement climatique", a affirmé Mme Saget. "Nous pouvons nous attendre à voir les inégalités augmenter entre les pays à revenu élevée et les pays à faible revenu et les conditions de travail se dégrader pour les plus vulnérables, ainsi que des déplacements de population", a averti Catherine Saget. 

Nicolas Maitre, économiste à l'OIT, a relevé que si l'Asie du Sud et l'Afrique de l'Ouest devraient en effet souffrir le plus de la canicule, l'Europe ne sera pas non plus épargnée.  

"Il faut s'attendre à avoir de plus en plus de périodes comme on a eu ces derniers temps, de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses", a-t-il dit aux journalistes. Afin de prévenir le risque de stress thermique, l'OIT encourage la "création d'infrastructures adéquates et de meilleurs systèmes d'alerte précoce lors des épisodes de canicule".

Le dialogue social comme remède

Le rapport conclut que les gouvernements doivent collaborer avec les organisations de travailleurs et d’employeurs, par le biais du dialogue social, pour élaborer des politiques d’atténuation et d’adaptation, comme le recommandent le Bureau International du Travail depuis 2015. 

"Grâce aux outils de dialogue social que sont notamment les conventions collectives, les employeurs et les travailleurs peuvent concevoir et mettre en œuvre des politiques de gestion du stress thermique adaptées aux besoins et aux réalités spécifiques de leur lieu de travail", selon le rapport.

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