Le gouvernement vient de déposer un amendement à la loi Pacte, examinée à compter de ce mardi au Sénat, pour éviter tout risque d'espionnage ou de sabotage du réseau mobile. Un réseau sensible avec le développement de la 5G et des objets connectés, dont l'un des plus grands acteurs est le décrié chinois Huawei.

Des utilisateurs de produits Huawei dans un magasin de Taiwan (Chine).
Des utilisateurs de produits Huawei dans un magasin de Taiwan (Chine). © Maxppp /

Y a-t-il un risque à laisser Huawei travailler sur le réseau télécom français ? Face à la polémique au Canada et aux États-Unis, où le constructeur chinois fait l'objet de 13 chefs d'accusation liés à des violations des sanctions américaines contre l'Iran, à l'encontre du groupe chinois et de sa directrice financière Meng Wanzhou, arrêtée au Canada en décembre, mais aussi des inculpations de deux filiales de Huawei pour association de malfaiteurs en vue de voler des secrets industriels, le gouvernement français prend ses précautions.

Ce mardi, alors que les sénateurs examinent le Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte), un amendement vient d'être ajouté. Il porte sur l'ajout d'autorisations préalables plus strictes sur le matériel utilisé par les opérateurs. Sans nommer directement le géant des télécoms chinois, cet amendement vise à éviter les risques d'espionnage et de sabotage grandissants avec le développement de la 5G et l'équipement des ménages en objets connectés.

Votre frigo, votre aspirateur, votre voiture... Autant de failles potentielles de sécurité

Les années 2019 et 2020 s'annoncent comme celles du déploiement et de la matérialisation des ondes 5G, une nouvelle technologie aussi attendue que redoutée, car elle dessine un monde d'objets connectés qui seront autant de failles de sécurité potentielles.

Là où la première génération permettait de passer des appels, la 2G d'y ajouter du texte, la 3G de commencer à envoyer des images et la 4G de développer l'internet mobile, la 5G doit servir à connecter tout ce qui ne l'est actuellement pas, en particulier les objets. D'ici à 2020, plus de 50 opérateurs proposeront la 5G, d'après le cabinet Deloitte.

Pour l'instant, la phase de déploiement a tout juste commencé et les organismes officiels, équipementiers et opérateurs achèvent de se mettre d'accord sur les protocoles et méthodes de transmission. 

La 5G est conçue pour apporter un niveau de sécurité supérieur à celui de la 4G. Il sera plus difficile pour des "hackers" d'usurper des identités, de voler des données personnelles ou de localiser des personnes. Mais "les systèmes de sécurité inviolables, cela n'existe pas", rappelle Sylvain Chevallier, associé au sein du cabinet Bearing Point, spécialiste des télécommunications. 

"Le réseau 5G sera permissif, comme tous les réseaux". Les failles seront sans doute plus petites, plus compliquées à exploiter, mais elles seront beaucoup plus nombreuses, parce que nous posséderons beaucoup plus d'objets connecté s: des véhicules, des accessoires, des vêtements, des appareils électroménagers...

"Ça peut être assez glaçant d'imaginer que quelqu'un puisse prendre le contrôle de votre véhicule à distance et vous faire faire n'importe quoi", ajoute le spécialiste. La première application de la 5G concernera en effet les voitures, appelées à terme à devenir connectées et autonomes.

À la maison, la transition a déjà commencé, avec les premiers appareils connectés. Côté entreprises, l'industrie attend la 5G avec impatience, puisqu'elle devrait permettre d'accélérer la numérisation des usines, des infrastructures de transport et ainsi améliorer le suivi des produits, les processus de fabrication, permettre plus de maintenance prédictive, intégrer la réalité augmentée ou virtuelle... Ce que le secteur a baptisé "l'industrie 4.0".

Des pirates qui prendraient le contrôle d'une chaîne de production pourraient donc perturber tout son fonctionnement, voire mener des opérations d'espionnage. La 5G doit également permettre l'arrivée de nombreuses innovations dans les services, publics ou privés, comme le développement de la e-santé (avec des opérations à distance, la télémédecine, les transferts de données de santé, etc.) ou la connexion des villes afin de les rendre plus "intelligentes" (gestion des flux, économie d'énergie, rationalisation des ramassages de déchets, etc.).

Volume exponentiel de données sensibles

Le volume de données va donc exploser, avec encore plus d'informations potentiellement disponibles, mais surtout beaucoup de données sensibles, industrielles, de santé ou même vitales pour les États.

Le problème vient également de la structure même du futur réseau. Les réseaux mobiles demandaient jusqu'ici une sécurisation principalement au niveau du cœur de réseau, c'est-à-dire les équipements installés chez les opérateurs qui permettent de faire transiter les données. La 5G, elle, est pensée comme un réseau capable de s'adapter aux besoins selon les zones ou les usages précis, ce qui implique une multiplication des équipements dits "cœur de réseau". Les antennes et installations radio associés représenteront donc autant de points d'entrée possibles pour pirater un réseau.

Restent enfin les inquiétudes sur la nationalité de l'équipementier. Trois principaux constructeurs se disputent les marchés de la 5G : le chinois Huawei, le suédois Ericsson et le finlandais Nokia. Jugé plus performant que ses concurrents par les experts, Huawei fait face à des restrictions et même des interdictions dans plusieurs pays, qui craignent des attaques informatiques et de l'espionnage pour le compte de Pékin.

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