Il y a dix ans, l'une des plus grandes banques d'investissement américaines, lâchée par les autorités, faisait faillite. Avec elle, c'est le système financier mondial qui basculait. Depuis, un ancien de Lehman Brothers cherche les responsables. Et ils ne sont pas forcément ceux que l'on montre du doigt.

Larry McDonald a été consulté par la Financial Crisis Inquiry Commission (FCIC), créée par le Congrès américain pour enquêter sur les causes de la crise de 2008.
Larry McDonald a été consulté par la Financial Crisis Inquiry Commission (FCIC), créée par le Congrès américain pour enquêter sur les causes de la crise de 2008. © Radio France / Marie Viennot

Larry McDonald est un ancien de Lehman Brothers. En 2009, il a publié aux États-Unis un ouvrage au titre évocateur : A Colossal Failure of Common Sense, soit, en français, "un monumental échec du bon sens". Le naufrage qu’il raconte n’est pas seulement celui de sa banque, placée en faillite en septembre 2008 après la découverte d’une masse considérable de créances pourries dans son bilan. Ce naufrage, c’est surtout celui des autorités bancaires, américaines, mais aussi européennes, qui, non contentes de laisser les banques déraper, les ont encouragé à le faire.

Une anecdote prémonitoire

« Après la faillite de Bear Stearns [une des plus grandes banque d’investissement], au printemps 2008, un dîner a réuni, notamment, Hank Paulson, alors directeur du Trésor américain – un ancien dirigeant de Goldman Sachs, aussi – et le PDG de Lehman Brothers, Richard Fuld. Ce dernier a laissé tomber sa fourchette dans son assiette et on a pu l’entendre dire : "J’ai passé plus de temps à mon poste que vous chez Goldman Sachs. Ne me dites pas comment faire mon travail ; je le ferai à mon rythme." Au final, les autorités ont pris la tête de Lehman Brothers, l’ont plongée dans l’eau et l’ont observée se noyer. »

Des cibles (et de l’argent) trop faciles

« Les universitaires, les gens de Davos, sont très proches des médias. Il leur a été facile d’accuser les banquiers – ils ont évidemment leur responsabilité. Mais ce sont des cibles trop faciles.

Les causes de la crise, ce sont l’argent facile, les taux d’intérêts bas – trop bas pour des durées trop longues –, qui ont incité les investisseurs à acheter des produits financiers toxiques.

La responsabilité des banques centrales a été majeure entre 2006 et 2008 ; elle le reste aujourd’hui. […] Si les crédits toxiques [les produits financiers qui sont à l’origine de la crise] ont pu être créés, c’est que la demande de placements a explosé du fait de l’environnement favorable créé par les banquiers centraux. »

Pompiers pyromanes

« Le niveau de dette que les banques centrales ont créée en maintenant les taux si bas, pendant si longtemps, est cinq à six fois supérieur à son niveau d’il y a dix ans. Ce qui représente 37 trillions de dollars [37 000 milliards] de dette nouvelle, entreprises et États confondus. C’est insoutenable.

La prochaine crise ne viendra pas d’un Lehman Brothers ou d’un Goldman Sachs. Ce sera une crise de la dette souveraine, un défaut de l’Italie par exemple.

Les banques centrales expliquent que si elles s’étaient tenues à l’écart du risque, les choses auraient empiré. Mais en ne le faisant pas, elles ont créé un bien plus gros problème. (La BCE, qui détient un grand nombre et une grande variété de titres, est devenue elle-même un « hedge fund » [Fond spéculatif] géant.) En maintenant trop longtemps le patient sous un traitement expérimental – le "quantitative easing", la création monétaire en masse, par exemple –, vous en faites un patient encore plus malade. »

Larry McDonald dirige le Bear Traps Report, un bulletin d'investissement axé sur le risque politique et systémique. Il a co-écrit Inside Job, un film très critique sur la crise du subprime, qui s’est vu décerner l’Oscar du meilleur documentaire en 2010.

Larry McDonald a aussi été consulté par la Financial Crisis Inquiry Commission (FCIC), créée par le Congrès américain pour enquêter sur les causes de la crise de 2008.

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