Contrairement au gouvernement, l'association de consommateurs s'inquiète du rebond annoncé de l'économie après le déconfinement. Elle craint que les achats massifs prévus pour les fêtes de fin d'année, combinés à des incitations très fortes à prendre un crédit, n'aient de lourdes conséquences.

Les promotions et crédits conso poussent de plus en plus les Français à consommer au-delà du raisonnable
Les promotions et crédits conso poussent de plus en plus les Français à consommer au-delà du raisonnable © Maxppp / Julien Mattia / Le Pictorium

Pour l'UFC-Que Choisir, l'année 2020 se termine avec un paradoxe inquiétant. D'un côté, le pouvoir d'achat a très nettement reculé : avec une baisse "inédite depuis 2013", un Français sur quatre "a vu sa situation financière se dégrader" et les catégories populaires ont dû "puiser dans leur épargne pour maintenir leur niveau de vie". De l'autre, la consommation va connaître un "fort rebond" en décembre, selon les prévisions, notamment parce que "les Français peuvent plus librement consommer" depuis début décembre, mais aussi parce qu'ils devraient, en parallèle,  rattraper "les achats qui ont été empêchés" jusqu'ici par le confinement. Notamment pour Noël, où le budget prévu bat lui aussi des records, 600 € en moyenne (soit 10 % de plus par rapport à l'an passé).

Moins de pouvoir d'achat, mais de gros achats à venir

Pour résoudre cette équation qui semble impossible, de nombreux consommateurs se tournent vers le crédit à la consommation. "Les vannes sont grandes ouvertes", estime l'UFC-Que Choisir. Pendant le premier déconfinement, "la distribution du crédit conso a atteint trois milliards d'euros en juin, un record depuis 2012". Et pas uniquement à cause de la demande : "À l'inverse de leurs voisins européens, les établissements de crédit n'ont pas resserré leurs conditions d'octroi." Pire : "Ils rivalisent même de campagnes 'pousse-au-crime'" pour inciter les Français à acheter à crédit cette nouvelle télé ou ce véhicule neuf dont ils rêvent depuis six mois.

Matthieu Robin, co-auteur de l'étude, dénonce ces pratiques des organismes de crédit : 

"On rencontre aujourd'hui toute une profusion de publicités qui sont pousse-au-crime et irresponsables. Les ménages sont confrontés à une crise économique importante, et en même temps ces publicités laissent penser que le crédit serait tout à fait indolore pour leur budget."

► SUR LE WEB - L'étude complète sur le site de l'UFC-Que Choisir

Une situation catastrophique à moyen terme

Mais si 2020 est l'année où le crédit est ouvert comme jamais, 2021 risque d'être l'année où l'on tombe de haut. L'UFC-Que Choisir voit venir une hausse massive des impayés avec la crise. "Alors que 900 000 consommateurs s’apprêtent à perdre leur emploi, les crédits conso en défaut pourraient, selon nos estimations, dépasser les 12 milliards d’euros (+ 40 %) en 2021", explique l'association. Et ce, alors que les ménages français sont déjà très endettés : autour de 1.000 euros, soit dix fois plus qu'en Allemagne par exemple.

Laisser autant de personnes contracter des crédits qui les mènent presque certainement au défaut de paiement et au surendettement serait donc irresponsable : l'UFC estime que certains établissements sont à la fois "des prêteurs pyromanes" et des "médiocres pompiers" qui peinent à gérer ensuite ces situations. L'association rappelle qu'en principe, "les prêteurs sont autorisés à restructurer les crédits en défaut (allongement du terme, diminution du taux, etc.)", mais qu'ils préfèrent souvent se débarrasser de ces crédits "pourris" en les revendant à des sociétés de recouvrement.

Une solution qui risque d'être facilitée par le plan d'action européen, qui prévoit justement d'aider les banques à "purger" ces crédits pour assainir leur situation : les reventes pourraient doubler en 2021 pour atteindre 7 milliards d'euros. Et les litiges explosent déjà, selon l'UFC-Que Choisir, ce qui l'a même obligée à attendre le mois prochain pour publier la seconde partie de son étude sur le surendettement...

► ALLER PLUS LOIN - Les recommandations de l'UFC-Que Choisir en cas de difficultés à payer ses crédits