La loi Evin avait déja connu un premier coup de canif avec un amendement voté en 2004 favorisant la publicité collective
La loi Evin avait déja connu un premier coup de canif avec un amendement voté en 2004 favorisant la publicité collective © MaxPPP

Les députés ont modifié dans la nuit la loi Evin, en refusant de revenir sur un amendement du Sénat qui entendait distinguer information et publicité sur l'alcool. Des associations pour la santé et la prévention de l'alcoolisme se sont déclarées "outrées" et "scandalisées" par une "disposition honteuse"

Finalement, les députés n’auront pas suivi le gouvernement, malgré les appels pressants de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, laquelle arguait un peu plus tôt que "la loi Macron ne peut pas servir à détricoter les politiques de santé publique". En vain : lors de l'examen en commission en nouvelle lecture du projet de loi Macron, les députés n'ont pas supprimé l’amendement litigieux adopté début mai par la Haute Assemblée.

Le lobby viticole vent debout contre la loi Evin

L’ensemble du groupe viticulture de l'Assemblée nationale, présidé par la députée socialiste et viticultrice, Catherine Quéré, avait appelé "en conscience et en responsabilité" à maintenir l'amendement voté au Sénat, au motif qu'"il garantit un cadre clair pour la survie de notre viticulture, pour le développement des projets oenotouristiques locaux", entre autres.

Cet amendement vise à éviter qu’il devienne risqué pour un journaliste, un cinéaste ou un romancier d'évoquer nos produits vinicoles ou d'y faire référence

Le député PS de la Gironde Gilles Savary avait dénoncé une "surréaction du lobby hygiéniste" à l'amendement voté au Sénat. Cet amendement "ne remet nullement en cause, ni l'esprit, ni la lettre de la loi Evin, mais vise à éviter que, dans notre pays, dont la tradition viticole ancestrale s'est fortement imprimée dans la culture, et désormais dans notre économie et dans les rares succès de notre commerce extérieur, il devienne risqué pour un journaliste, un cinéaste ou un romancier d'évoquer nos produits vinicoles ou d'y faire référence", a-t-il justifié.

Préciser la loi pour mieux prévenir l’abus d’alcool

"Alors que des jugements récents invitent à l'autocensure, ce n'est pas faire offense à la loi Evin, ni à la lutte contre les ravages sanitaires de l'abus d'alcool que la représentation nationale prenne ses responsabilités et fasse son devoir élémentaire en précisant la loi sur ce point précis", avait jugé le député socialiste.

Ce texte voté sous la dictée du lobby de l'alcool propose une définition de la publicité qui rendre de facto la loi Evin inapplicable et ouvrira sans limite un boulevard à l'incitation publicitaire en faveur de la consommation d'alcool

Des associations pour la santé et la prévention de l'alcoolisme se sont déclarées "outrées" et "scandalisées" par une "disposition honteuse" de la loi Macron votée en commission qui permettrait de libéraliser la publicité sur l'alcool. "Ce texte voté sous la dictée du lobby de l'alcool propose une définition de la publicité qui rendre de facto la loi Evin inapplicable et ouvrira sans limite un boulevard à l'incitation publicitaire en faveur de la consommation d'alcool" critiquent dans un communiqué une quinzaine d'associations et organismes de santé. Les signataires dont la Mutualité française et l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie appellent à la "responsabilité" des élus, du gouvernement et du président de la République face à cette "disposition honteuse".

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