[scald=24333:sdl_editor_representation]BRUXELLES, FRANCFORT (Reuters) - Les dirigeants européens doivent trouver lors du sommet de jeudi une solution convaincante à la crise de la dette grecque sous peine de déstabiliser l'économie mondiale, a averti mercredi le président de la Commission européenne.

José Manuel Barroso a adressé un message d'une gravité inhabituelle aux responsables de la zone euro, alors que ceux-ci peinent toujours à s'accorder sur un plan d'aide à la Grèce susceptible de rassurer les marchés et d'éviter une contagion de la crise de la dette dans la région.

"Personne ne doit se faire d'illusion: la situation est très sérieuse. Elle requiert une réponse, sans quoi, les conséquences seront ressenties aux quatre coins de l'Europe et au-delà", a-t-il déclaré.

"Les éléments de la solution sont connus", a-t-il dit, avant de les énumérer : des garanties pour la viabilité des finances publiques grecques, une implication réaliste du secteur privé, une plus grande souplesse du fonds de sauvetage de la zone euro - le Fonds européen de stabilité financière (FESF) - le renforcement du système bancaire européen et davantage de liquidités pour alimenter l'économie de la région.

Dans ce qui ressemble à une critique voilée de la réticence allemande dans le sauvetage grec, José Manuel Barroso a souligné qu'il était temps que les dirigeants disent "ce qu'ils peuvent faire et veulent faire - pas ce qu'ils ne peuvent pas faire et ne feront pas".

Angela Merkel avait quelque peu refroidi l'atmosphère mardi soir en soulignant que le sommet de jeudi n'était pas la seule étape du processus et qu'il ne fallait pas en attendre de résultat miracle.

Mercredi, la France s'employait à l'inverse à assurer qu'un signe fort serait émis afin de parvenir à une "solution durable" à la crise grecque.

L'ancienne ministre française de l'Economie Christine Lagarde participera au sommet pour représenter le Fonds monétaire international, qui a d'ores et déjà recommandé aux dirigeants de la zone euro de renflouer le FESF et de lui permettre d'acheter des obligations souveraines sur le marché secondaire.

Mais ces deux mesures nécessiteraient une modification des règles du FESF et la ratification des parlements nationaux, et pourraient donc se heurter à l'opposition de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Finlande.

ÉPINEUSE PARTICIPATION DU PRIVÉ

Plusieurs banques et assureurs européens doivent envoyer dans la soirée aux dirigeants de la zone euro une proposition complexe précisant leur participation au deuxième sauvetage de la Grèce, qui doit se monter à 115 milliards d'euros, a-t-on appris de sources bancaires proches des négociations.

Les banques proposent un mélange de mesures de reconduction d'obligations souveraines existantes ("roll-over"), d'extensions de maturités et d'autres mesures pour une participation totale d'environ 40 milliards d'euros sur trois ans, mais les détails n'ont pas encore été finalisés, a expliqué l'une des sources.

Mais ces options, déjà évoquées par les dirigeants européens, risquent d'entraîner de la part des agences de notation une qualification de défaut complet ou sélectif sur la dette grecque. .

La BCE pourrait alors décider de ne plus accepter la dette grecque en garantie lors de ses opérations de refinancement, ce qui priverait les banques grecques de liquidités.

Seule une troisième option étudiée par les dirigeants de la zone euro permettrait d'éviter un tel scénario, mais au prix d'une taxation du secteur bancaire.

Or les banques, représentées par l'Institut de la finance internationale (IFI), se sont vivement opposées mercredi à un tel prélèvement obligatoire, qu'elles estiment injuste pour celles d'entre elles qui ne sont pas exposées à la dette grecque.

RÉTICENCE ALLEMANDE

Afin de se donner plus de temps pour convaincre le secteur privé, la dernière réunion préparatoire au sommet a été reportée de mercredi soir à jeudi matin. Le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement débutera donc une heure plus tard que prévu, à 13h00 locales au lieu de midi.

Le président français s'est en outre rendu mercredi après-midi à Berlin pour une réunion et un dîner de travail avec la chancelière Angela Merkel, afin de tenter de surmonter les réticences allemandes, principal frein à un accord.

La porte-parole du gouvernement français Valérie Pécresse a laissé entendre une certaine frustration de Paris vis-à-vis de l'opposition de Berlin à l'émission d'obligations européennes, une idée défendue par de nombreux économistes et dirigeants socialistes comme une solution de long terme à la crise de la dette.

Valérie Pécresse a expliqué mercredi que la "principale réticence" à ce projet était aujourd'hui "une réticence allemande".

"Il y a une volonté de trouver une solution durable et cette solution durable passe évidemment par le couple franco-allemand qui est un pilier de la zone euro", a-t-elle toutefois ajouté.

Natalie Huet pour le service français, édité par Danielle Rouquié

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