Les derniers chiffres publiés par le groupe BPCE confirment un paradoxe bien français: les taux exceptionnellement bas incitent les ménages à épargner plus sans prendre de risque.

Photo d'illustration
Photo d'illustration © Maxppp / photoPQR

Ces dernières années les taux de rémunération des comptes-épargne en France se sont maintenus à des niveaux exceptionnellement bas (0,75% pour le Livret A), mais cela n’a pas empêché les ménages français d’augmenter encore les sommes d’argent qu’ils laissent dormir en banque.

La chaussette totale des épargnants hexagonaux (hors titres, actions et obligations) s’élève en cette fin 2016 à 43 milliards d’euros, en hausse de 10% entre janvier et septembre. On n’avait pas vu telle hausse depuis 2008 et les premiers temps de la crise financière. Si l’on projette sur la fin de l’année les chiffres des 10 premiers mois, on obtient un total de 100 milliards d'euros de sommes dormantes tous types d''épargne confondus (dont actions, participations, SICAVs, etc).

Paradoxe bien français

Le paradoxe est donc le suivant : la France est, en Europe, l’un des pays où l’épargne rapporte le moins, et pourtant nos ménages continuent de plébisciter des placements où la prise de risque est moindre.

Frileux, en tous points, alors que la politique de faibles taux voudrait les pousser à consommer plus, ou à se tourner vers des épargnes plus risquées mais plus rentables, comme les assurances-vie, les français rechignent à se muer en cigales et restent des fourmis. Avec les allemands, nous sommes les champions d’Europe de l’épargne… au grand dam des décideurs économiques qui voudraient que nous consacrions ces économies à consommer et ainsi à relancer l’économie.

Tableau de données compilées par le groupe BPCE
Tableau de données compilées par le groupe BPCE © BPCE

Dans les données publiées par le groupe bancaire BPCE, on voit que, dans le détail, les placements sur Livrets ont connu les plus fortes hausses, contrairement aux PEL et assurances-vie qui présentent des excédents en baisse.

Peur du lendemain

Explication ? Pour Philippe Crevel, du Cercle des épargnants, "les Français sont naturellement pessimistes et inquiets sur les perspectives à venir, et donc ils épargnent par peur du lendemain".

La confiance des ménages et leur peur du chômage les poussent à épargner
La confiance des ménages et leur peur du chômage les poussent à épargner © BPCE (capture d'écran)

Ajoutez à cela un effet mécanique du vieillissement de la population, le principe selon lequel "plus on vieillit, plus on épargne" : on a déjà acheté son logement et l’équipement qui va avec, on n’a plus les enfants à élever, donc on épargne.

Troisième explication : plus les taux sont bas, plus on veut maintenir un certain objectif d’épargne. On compense donc les faibles rendements en épargnant davantage… ce qui rend les politiques de faible taux, censément incitatives à consommer, complètement contre-productives.

A ECOUTER:l'édito éco de Dominique Seux sur le sujet.

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