Un rapport de l'ONG Oxfam publié ce lundi dénonce les bénéfices considérables engrangés par les plus grandes banques européennes dans les paradis fiscaux.

Une manifestation contre l'évasion fiscale, ici en 2014
Une manifestation contre l'évasion fiscale, ici en 2014 © AFP / Eliot Blondet

En se basant sur des données publiques rendues obligatoires par l'Union européenne, l'ONG Oxfam a analysé les activités financières des 20 plus grandes banques de l'UE. Et en tire une conclusion sans appel : ces grandes banques déclarent un euro sur quatre de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux... alors même que la plupart d'entre elles y ont très peu de personnel, donc très peu de chiffre d'affaires.

25 milliards d'euros de bénéfices dans les paradis fiscaux

C'est le point majeur du rapport d'Oxfam, nommé "Banques en exil : comment les grandes banques européennes profitent des paradis fiscaux". L'ONG observe un décalage flagrant entre les différents indicateurs d'activité de ces banques dans les zones considérées comme les paradis fiscaux.

L'analyse de Manon Aubry, responsable justice fiscale et inégalités chez Oxfam et co-auteur du rapport : "On a essayé de comparer les bénéfices qu’elles déclarent dans ces paradis fiscaux avec leur activité réelle. Et on voit là un décalage énorme : elles y déclarent 25 milliards d’euros de bénéfices, soit à peu près un quart de leurs bénéfices totaux.

Et à l’inverse, elles n’ont que 7% d’employés dans les paradis fiscaux : comment peuvent-elles réaliser autant de bénéfices avec si peu d’employés, si ce n’est transférer ces bénéfices vers les paradis fiscaux ? On connait les avantages qu’offrent les paradis fiscaux, entre autres une fiscalité très avantageuse”.

Manon Aubry était l'invitée du 13 heures de Bruno Duvic.

Une activité extrêmement profitable

Dans les paradis fiscaux, le décalage entre les bénéfices et les autres indicateurs mène à une productivité par employé quatre fois plus importante qu'ailleurs dans le monde.

Manon Aubry : "En regardant de plus près, en ramenant les bénéfices au chiffre d’affaires on essaie de calculer la profitablité de l’activité des banques européennes. Donc concrètement combien le chiffre d'affaires (CA) rapporte en bénéfice. Au global, pour 100€ de chiffre d'affaires, l'activité des banques européennes rapporte 19€ de bénéfices - c’est, somme toute, classique. Dans les paradis fiscaux, ce chiffre est deux fois plus elevé : l’activité des banques européennes rapporte 42€ de bénéfices.

Et puis on a des situations assez incongrues où les banques européennes font plus de bénéfices que de CA. C’est le cas notamment de la Société Générale en Irlande, qui fait quatre fois plus de bénéfices que de chiffre d’affaires. C’est un peu comme si un boulanger qui vend un euro sa baguette récoltait 4€ de bénéfices : c’est difficile à imaginer".

Le Luxembourg rassemble plus que le Royaume-Uni, la Suède et l'Allemagne

Les paradis fiscaux préférés des banques sont situées au cœur de l'Europe : si Hong-Kong est en tête de peloton, il est accompagné de deux pays européens, le Luxembourg et l'Irlande. Dans ce dernier pays, cinq banques ont même une rentabilité (rapport CA/bénéfices) supérieur à 100%.

Manon Aubry : "Les paradis fiscaux qui ressortent dans cette étude sont des paradis fiscaux majeurs où l’activité est très importante : c’est le cas de l’Irlande ou du Luxembourg, où les banques européennes réalisent 4,9 milliards de bénéfices, ce qui est énorme : c’est plus que le Royaume-Uni, la Suède et l’Allemagne réunies.

Il y a d’autres pays qui ressortent du lot pour des activités incongrues ou des résultats à la limite du réel : c’est le cas des Iles Caiman, où la BNP réalise 134 millions de bénéfices, le tout sans employés et sans impôts payés. On a du mal à imaginer qu’une banque peut réaliser des bénéfices sans employés".

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