Hermès va installer deux nouvelles maroquineries en France d’ici à 2020. Le groupe de luxe français va construire deux nouveaux ateliers de fabrication en Gironde et en Seine-et-Marne, avec 500 emplois à la clé. Illustration d'une tendance à la relocalisation en France pour les grands du luxe tricolore.

La maroquinerie Hermès de la Tardoire, en Charente, l'une des 15 manufactures du groupe en France.
La maroquinerie Hermès de la Tardoire, en Charente, l'une des 15 manufactures du groupe en France. © AFP / MEHDI FEDOUACH

L’implantation de nouvelles maroquineries par Hermès en France, après trois ouvertures en 2016 (Franche-Comté, Limousin et Normandie) peut étonner, tant on entend parler continuellement d'entreprises qui délocalisent, mais ne surprend pas Julie El Ghouzzi, directrice du Centre du luxe et de la création, un think tank qui conseille et accompagne les entreprises de luxe dans leur développement. 

"Elles croissent et en France trouvent un savoir-faire. De plus, elles peuvent maîtriser la rapidité dans la chaîne logistique, estime Julie El Ghouzzi. "Cela s’inscrit dans une tendance en France depuis cinq, six ans, ou tout le monde est en train de se réinstaller dans le pays et de rouvrir des maroquineries". Cela dit, tempère-t-elle, "la partie très haut de gamme du luxe a toujours été produite en France". 

Surtout pour Hermès qui revendique une production 100 % française pour toute sa maroquinerie. Logique selon Julie El Ghouzzi : "Le cuir provient en grande partie de veaux élevés en France ou en Italie, dans des élevages où il n’y a pas de barbelés pouvant blesser l’animal et donc abîmer sa peau". Les entreprises de luxe cherchant à minimiser leurs frais de transport, elles installent leurs tanneries de plus en plus souvent. "En Chine, ce qui est problématique c’est que l’on travaille la peau avec des produits chimiques agressifs, dangereux pour l’environnement, alors qu’en France on colorise avec des produits naturels"

Pour les entreprises du luxe, cette production et transformation en France  permet de "conserver un haut niveau de fournisseur et de main d’œuvre", estime Lucien Devaux, président du DEFI, le comité professionnel de développement et de promotion du textile et de l’habillement. 

Plus c’est luxueux, plus on a tendance à fabriquer en France

Cette tendance à vouloir communiquer sur une production bien française vient, selon Donald Potard, 25 ans à la tête de Jean-Paul Gaultier, de "quelques scandales, des divulgations en tout cas, comme quoi certains groupes de luxe faisaient fabriquer en Roumanie ou dans des pays de l’Est alors qu’elles étiquetaient ‘Made in France’ ou ‘Made in Italy’. Ces maisons ont alors ouvert leurs portes et mené une campagne d’image pour le 100 % Made in France". Mais Donald Potard est tout de même dubitatif : 

On sait très bien que ces entreprises continuent de fabriquer dans d’autres pays comme la Roumanie, la Thaïlande, la Chine 

Si l’entrepreneur français loue l’"honnêteté" d’Hermès, qui a "toujours été un excellent élève" en la matière, il est sceptique sur le 100 % Made in France mis en avant par certains. "S’il y a des produits qu’on ne trouve pas en France, comme par exemple des roues pour des valises, ou encore des anses, qu’est-ce qu’on fait ?". En 2014, LVMH reconnaissait dans les colonnes du Monde fabriquer les roues pour ses valises en Chine, faute, là aussi, de savoir faire et de matériaux suffisants en France. "Une solution européenne est en passe d'aboutir pour y remédier", précise-t-on dans le groupe. 

Mais d’ici quelques années, tout cela pourra être fabriqué en France assure Donald Potard. "La plupart des groupes de luxe travaillent désormais avec des imprimantes 3D qui permettent d’imprimer par exemple des anses, des rivets. Bientôt, cela leur reviendra moins cher de les fabriquer eux-mêmes en France plutôt que de les faire fabriquer en Asie". 

Concernant Hermès, tout le cuir est produit en France aujourd’hui. Le reste de la gamme du groupe est fabriqué pour 85 % en Europe. Les 15 % restants sont produits à l’extérieur du Vieux Continent. Mais le géant du luxe assure que c'est pour aller  chercher du savoir faire qu'il ne pourrait pas trouver en France, comme au Népal où il produit et transforme son cachemire

L’étiquette Made in France trompeuse ? 

Le prêt-à-porter de toutes ces grandes marques porte l'étiquette ‘Made in France’, pourtant "très peu de choses sont produites en France", explique Donald Potard. Quand il dirigeait Jean-Paul Gaultier, il se souvient avoir étiqueté une robe Made In France alors que 90 % avait été fabriquée à l’étranger. "Quand on n’avait pas assez de temps, on n’hésitait pas à aller en Inde, où la broderie est très réputée là-bas et bien moins cher qu'en France". Apposer le "Made in France" à un vêtement de prêt à porter dans ces conditions est "tout à fait légal", précise Donald Potard, à défait d'être très moral. Mais ce serait impossible pour la haute-couture, où les règles sont là extrêmement strictes. 

Quoiqu’il en soit, si ces entreprises d’articles de luxe décident finalement de produire en France, c’est bel et bien pour ce fameux label "Made in France". "C’est stratégique pour elles, afin d’acquérir une légitimité et reconquérir leur âme", explique Vincent Grégoire, directeur de création de l’agence Nelly Rodi. "Il y a quelques années, ça faisait presque un peu ringard et aujourd’hui ces marques sont obligées de relocaliser presque régionalement avec Made In Paris, Made in Sud Ouest et même Made In Bretagne". Outre l’argument du savoir-faire, la production en France, bien mise en évidence, est devenue un atout marketing.   

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.