Un rapport sur les inégalités mondiales 2018 alerte sur un accroissement à venir d'une inégale répartition des richesses entre les plus riches et le reste du monde, principalement si les pays suivent la politique américaine. En parallèle, l'économiste français Thomas Piketty juge la politique européenne bénéfique.

Pour l'économiste Thomas Piketty, la polique menée par les pays d'Europe de l'Ouest va dans le bon sens pour lutter contre l'accroissement des inégalités
Pour l'économiste Thomas Piketty, la polique menée par les pays d'Europe de l'Ouest va dans le bon sens pour lutter contre l'accroissement des inégalités © AFP / Emmanuel Dunand

En 40 ans, les inégalités de richesse se sont creusés dans quasiment toutes les régions du monde et en particulier dans les économies qui se sont libéralisées dans les années 1990, comme les États-Unis, la Chine ou encore la Russie.

Selon le rapport mondial* sur les inégalités 2018, présenté ce jeudi et co-dirigé notamment par Lucas Chancel, de la Paris school of economics, et par Thomas Piketty, auteur du "Capital au XXIe siècle" et invité ce jeudi matin de France Inter, "les inégalités ont augmenté dans presque toutes les régions du monde".

Extrait du rapport mondial sur les inégalités 2018
Extrait du rapport mondial sur les inégalités 2018 / wir2018.wid.world

En Europe, un tiers du revenu national pour 10 % des contribuables les plus riches

La part du revenu national allant aux 10 % des contribuables les plus aisés est passé de 21 % à 46 % en Russie et de 27 % à 41 % en Chine entre 1980 et 2016.  Aux États-Unis et au Canada, ce taux est passé de 34 % à 47 %, tandis que l'Europe a connu une hausse "plus modérée" (de 33 % à 37 %). "Au Moyen-Orient, en Afrique sub-saharienne et au Brésil, les inégalités sont restées relativement stables", mais "à des niveaux très élevés", précise le rapport.

Extrait du rapport mondial sur les inégalités 2018
Extrait du rapport mondial sur les inégalités 2018 / wir2018.wid.world

Les experts qui ont contribué à la rédaction du rapport alarment sur ce phénomène qui pourrait s'aggraver encore à l'horizon 2050.

Grandes disparités entre l'Europe de l'Ouest et les États-Unis

En terme d'évolution, la divergence est par ailleurs "extrême entre l'Europe de l'Ouest et les États-Unis, qui avaient des niveaux d'inégalité comparables en 1980, mais se trouvent aujourd'hui dans des situations radicalement différentes", souligne le document.

En 1980, la part du revenu national revenant aux 50 % de contribuables les plus pauvres était en effet quasiment identique dans les deux régions : 24 % en Europe de l'Ouest et 21 % aux Etats-Unis. Depuis, ce taux s'est stabilisé à 22 % côté européen, alors qu'il est tombé à 13 % outre-Atlantique. 

Un phénomène qui s'explique, selon Thomas Piketty, par "l'effondrement des plus bas revenus" aux États-Unis, mais aussi par "une inégalité considérable en matière d'éducation" et "une fiscalité de moins en moins progressive" dans ce pays. "Cela montre que les politiques publiques ont un fort impact sur les inégalités", ajoute-t-il.

Les classes moyennes, premières touchées

Le rapport estime que la classe moyenne mondiale est la première victime de ce phénomène. Entre 1980 et 2016, les 1 % les plus riches ont capté 27 % de la croissance mondiale. Les 50 % les plus pauvres n'ont capté pour leur part que 12 % des richesses créées, mais ont vu leur revenu augmenter significativement. Ce qui n'a pas été le cas des individus situés entre ces deux catégories, dont "la croissance du revenu a été faible".  

Dans leur rapport, les auteurs anticipent une nouvelle hausse des inégalités d'ici 2050, sur la base des tendances actuelles. La part de patrimoine des plus riches passerait ainsi de 33 % à 39 %, tandis que "la classe moyenne mondiale" verrait sa part de patrimoine "comprimée", de 29 % à 27 %.  

"Une telle évolution n'est cependant pas inévitable", précisent les auteurs. Selon leurs projections, les inégalités s'aggraveront davantage si tous les pays suivent la tendance en cours aux États-Unis, mais reculeront légèrement s'ils suivent la trajectoire de l'Union européenne. "Il y a des marges de manœuvre. Tout va dépendre des choix qui seront faits", conclut Thomas Piketty, qui juge nécessaire un "débat public" sur ces questions.

*Consultez la synthèse, en français, du rapport sur le site World Wealth and Income database qui recense 175 millions de données fiscales et statistiques mondiales.

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