1,37 milliard d’utilisateurs, des revenus stratosphériques, une valorisation boursière encore plus extravagante… Quatorze ans après sa création, le plus populaire des réseaux sociaux semble intouchable. Et pourtant, en deux jours à peine, il a perdu 9 % de sa valeur en Bourse. Une première.

En deux jours de cotation, la capitalisation boursière de Facebook a fondu de… 37 milliards de dollars
En deux jours de cotation, la capitalisation boursière de Facebook a fondu de… 37 milliards de dollars © AFP / Bryan R. Smith

0Depuis le début de la semaine, 60 milliards de dollars sont partis en fumée à Wall Street. Après les révélations du New York Times et du Guardian sur le détournement supposé de données personnelles, Facebook a dégringolé en Bourse à une vitesse inédite, fragilisé sur ses bases. 

Lundi 19 mars, on apprenait que Cambridge Analytica, une entreprise de marketing britannique très investie dans la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016 aux États-Unis, avait mis la main et conservé de façon indue les données personnelles de… 50 millions d’Américains. Que Facebook lui ait demandé de supprimer ces informations (elle l’affirme) ou pas, le mal est fait.

Catastrophes en série

Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, s’est déjà engagé à "réparer" ce qu’il considère comme des dysfonctionnements. Et ils n’ont pas été rares, entre suspicions d’ingérences russes dans la campagne présidentielle américaine (encore) et les critiques de ceux qui considèrent que Facebook réduit la réalité en nous enfermant dans des "bulles" (au lieu de nous ouvrir aux autres).

Pour les investisseurs, le doute est désormais permis : alors que les gouvernements se saisissent du cas Facebook – Mark Zuckerberg est convoqué par les autorités britanniques –, tous craignent que de nouvelles exigences en matière de transparence, ou plus généralement de nouvelles contraintes légales, viennent tuer la poule aux œufs d’or. Ou, à défaut, la blesser.

Pourquoi ? Parce que 1,37 milliard d’utilisateurs, c’est 1,37 milliard de consommateurs potentiels, dont Facebook connaît les habitudes, les goûts, l’environnement… bref, suffisamment d’informations pour livrer à chacun le message publicitaire auquel il sera sensible. Et un renforcement des règles d’utilisation des données personnelles, par la loi par exemple, pourrait refroidir les annonceurs.

De même que la perspective d’une taxe européenne sur les géants du net pourrait grignoter les bénéfices de Facebook.

Un gâteau pour deux

Les investisseurs ont donc de bonnes raisons de s’inquiéter. À court terme, néanmoins, il est peu probable que l’on assiste à l’effondrement du géant des réseaux sociaux, lâché par ses bailleurs de fonds.

Facebook partage avec Google plus de la moitié du gâteau publicitaire numérique américain (58,5 % en 2017 selon eMarketer), et pour ceux qui veulent vendre un produit en ligne ou faire entendre leur message, il n’y a pas d’alternative crédible à une échelle comparable. Les analystes financiers jugent donc peu probable une désertion d’annonceurs inquiets. Pour cette fois.

En attendant la prochaine crise, ils recommandent la valeur Facebook à l’achat. 167 dollars au lieu de 185, c’est une bonne affaire.

► ALLER PLUS LOIN | La chaîne de télévision britannique Channel 4 a enquêté sur le business douteux de Cambridge Analytica. Edifiant. 

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