Les libraires, inquiets des conséquences économiques de cette crise sanitaire, réclament de pouvoir ouvrir à nouveau, comme tous les "commerces de première nécessité". Sur France Inter, le ministre de l'économie Bruno Le Maire s'est dit "prêt à rouvrir la question" en appliquant des "règles strictes."

Facade de la librairie "L' écume des pages" dans le quartier de Saint Germain des Prés, fermée depuis le 18 mars 2020.
Facade de la librairie "L' écume des pages" dans le quartier de Saint Germain des Prés, fermée depuis le 18 mars 2020. © AFP / MATHIEU MENARD / HANS LUCAS

Les librairies sont elles des commerces de première nécessité au même titre que les commerces alimentaires, les pharmacies ou les tabacs et maison de la presse ? Pour l'instant, les autorités considèrent que non et les librairies sont tenues depuis samedi minuit de fermer rideau pendant le confinement. Mais nombre de libraires demandent à pouvoir rouvrir par temps de confinement, alors même qu'Amazon, dont les commandes explosent, continue de livrer livres, DVD et biens culturels à travers le pays.

"Les libraires sont un commerce de proximité, c'est ma conviction"

Interrogé jeudi matin sur France Inter, le ministre de l'économie Bruno Le Maire s'est dit "prêt à rouvrir la question" de leur statut. "Moi j'estime que les libraires sont effectivement un commerce de première nécessité, c'est ma conviction, je suis prêt à rouvrir cette question. Amazon distribue les livres, vous savez l'attachement que j'ai aux livres, à la lecture, je comprends très bien l'inquiétude des libraires, elle m' a été relayée (...) Je suis prêt à regarder avec le reste du gouvernement, le ministre de la Culture, le Premier ministre, ce qui peut être fait sur les librairies", a-t-il déclaré.

"Le principe clé, c'est la sécurité sanitaire"

Le ministre de l'économie a néanmoins tenu à rappeler que dans tous les cas les librairies ne pourraient pas rouvrir comme avant. "Je veux une fois encore rappeler que le principe clé, c'est la sécurité sanitaire. Dans les librairies, par définition, il y a des échanges, des produits qui vont passer d'un client au commerçant. Il faut s'assurer que nous pouvons garantir les règles de sécurité sanitaire".

"La librairie ne peut pas être un lieu de rassemblement, or dans une librairie il peut y avoir vingt, trente personnes qui circulent" 

"Dans un supermarché, nous avons édicté des règles de distance" rappelle le ministre. "Si nous sommes capable, sur les librairies, qui sont à mes yeux un point important puisque c'est un lieu culturel et que les gens ont besoin aujourd'hui de pouvoir avoir accès aux livres, je ne vois pas pourquoi ce serait uniquement Amazon qui récupèrerait le marché, au risque de fragiliser les libraires."

A cet égard, il propose "de définir des règles strictes qui permettraient aux libraires de continuer à ouvrir,  sous réserve que les clients viennent un par un, qu'ils ne soient pas nombreux dans la librairie, qu'ils se contentent d'acheter le livre et de ressortir immédiatement, et que ce ne soit pas, comme très souvent - et c'est d'ailleurs tout le plaisir de la librairie - un lieu où l'on flâne et où l'on reste longtemps".

Les libraires divisés la question de l'ouverture

Plusieurs libraires ont fait valoir leur volonté de rouvrir leur boutiques face à la concurrence d'Amazon. Si Amazon "récupère notre chiffre d’affaires, en plus d’une concurrence déjà intolérable et scandaleuse en temps normal, ce sera une catastrophe… Et pas seulement pour les librairies : c’est toute la chaîne du livre qui se verra durablement affectée", a déclaré à Marianne ​Frédéric Siméon, libraire indépendant.

Pourtant, tous les libraires indépendants ne s'accordent pas sur cette question : certains revendiquent ouvertement le droit à la fermeture, invoquant aussi des raisons de sécurité sanitaire et de responsabilité citoyenne face à l'épidémie de Covid 19. 

Pas question non plus de mettre en place des systèmes de livraisons : 

De leur côté, plusieurs éditeurs ont adopté des dispositions particulières pour soutenir les libraires : le premier éditeur français, Hachette Livre, "conscient de la situation particulière des libraires indépendants", a par exemple décidé de l'arrêt "de tous les offices à compter du 18 mars"avec suspension de toutes les nouveautés, "en France et dans les marchés francophones, pour permettre aux libraires d’anticiper pleinement la reprise lorsqu’elle viendra." Chez Hachette, mais aussi Fayard, XO, Calmann-Lévy, plusieurs sorties d'ouvrages très attendus (les derniers romans de Guillaume Musso, Joël Dicker, Camille Laurens ou Peter Handke) ont ainsi été repoussés, et Hachette a aussi mis en place le report "de 60 jours des échéances financières de mars, avril et mai". 

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