Les marchés alimentaires restent ouverts dans une majorité de villes françaises. Mais la promiscuité quasi impossible à empêcher dans ce genre de situations interroge sur la pertinence à les maintenir. Ils restent cependant essentiels pour les plus modestes. Reportage sur un marché du 19e arrondissement à Paris.

Le marché de Barbès, ouvert comme la majorité des marchés
Le marché de Barbès, ouvert comme la majorité des marchés © Radio France / Matthieu Mondoloni

Place de Bitche, 19e arrondissement de Paris. Situé le long du canal de l'Ourcq, ce marché est une institution du nord-est parisien. "D'ordinaire, à cette heure-ci, on se fait piétiner tellement c'est fréquenté", avoue Thérèse, une habituée des lieux. Ce jeudi matin, c'est ce qui frappe : moins de monde que d'habitude. 

Les clients circulent mieux dans les allées, il y plus d'espace, moins de d'étals. Les commerçants portent des gants. Les marchands à la sauvette, qui ceinturent le marché habituellement, ont disparu. Quelques affiches pour respecter les mesures barrières sont placardées. Des commerçants ont même entouré leur espace de vente avec du film plastique, qu'ils ont placé au niveau du visage. Une sorte de bouclier anti projections, qui vaut ce qu'il vaut. 

Ici, c'est meilleur marché.

Les clients sont quand même là, comme Paul, 74 ans qui vit seul, et qui n'a pas dérogé à ses habitudes. "Je fais attention, je touche moins les fruits et légumes. Tant que ce sera possible de venir ici, je viendrai", affirme ce retraité de la Poste, prompt à nous montrer son autorisation de déplacement que nous ne lui demandions pas. Ainsi, il entend montrer qu'il est conscient de ce qu'il fait. 

Une femme qui passe dans la même allée met, elle, en avant l'aspect économique : "C'est moins cher qu'un supermarché, c'est meilleur marché et c'est plus humain. Il y a du contact avec les vendeurs. Moi financièrement, ça m'arrange de venir ici", dit-elle. 

L'association des commerçants conteste la présence d'un journaliste

Cette fameuse chaleur des commerçants n'a pas été évidente à percevoir. Beaucoup nous ont demandé de partir, parfois avec véhémence, de ne pas photographier leur étal. Plusieurs représentants de l'association des commerçants de ce quartier ont sillonné le marché pour s'assurer que tout était en règle. 

Mais le ton a monté quand nous lui avons fait remarquer que la distance de séparation d'un mètre n'était pas toujours respectée. Entre menaces et et tentative d'intimidation, il nous a été signifié qu'ils pouvaient nous expulser du marché quand ils le souhaitaient. Au loin, une patrouille de police est passée, elle n'a rien contrôlé sur le marché. Elle n'a fait que passer. 

Les marchés désengorgent les moyennes et grandes surfaces

Aucune réglementation ne pourra empêcher la vie d'un marché et sa promiscuité quasi inévitable. C'est ce qu'a constaté Sabrina, jeune femme d'une vingtaine d'années qui, contrairement à beaucoup de clients de ce jeudi, n'est pas une habituée. Elle vit avec ses parents et pour leur éviter de prendre des risques, c'est elle qui va remplir le frigo pour les prochains jours. "On ne dirait pas que nous sommes en période de confinement ici, on dirait un jour presque normal devant les mouvements des uns et des autres. Si ce n'est le nombre de personnes qui portent un masque. Moi ça m'intimide le port du masque", dit cette jeune femme qui ne souhaite pas trop traîner aux abords du marché. 

La ville de Paris compte 37 marchés en plein air et quatre couverts. 

Pour l'instant, leur fermeture n'est pas à l'ordre du jour, tant que les nouveaux aménagements sont respectés. Cependant, des municipalités d'autres villes de France ont pris la décision de fermer, comme Bourg-en-Bresse. Ce qui inquiète les professionnels des marchés alimentaires qui ont fait savoir dans un communiqué que "leur activité permettait de désengorger les moyennes et grandes surfaces, et qu'elle aidait les personnes les plus fragiles et isolées à se nourrir près de chez elles". 

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