La lutte des "Gilets jaunes" et celle contre le réchauffement climatique auront bien lieu simultanément dans la rue ce samedi. Les associations environnementales et citoyennes ont maintenu leurs marches pour le climat, en dépit des injonctions du gouvernement à les annuler.

Pour les Amis de la Terre "pas d'écologie sans justice sociale et vice-versa"
Pour les Amis de la Terre "pas d'écologie sans justice sociale et vice-versa" © Amis de la Terre/ capture d'écran sur Twitter

Le parcours de la marche pour le climat à Paris a été modifié, pour éloigner l'événement des Champs-Élysées où des "gilets jaunes" pourraient à nouveau manifester.  

La marche partira à 14h00 de Nation et se terminera par un rassemblement place de la République, alors qu'elle devait à l'origine démarrer du Trocadéro, en direction du Champ-de-Mars.  

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait appelé à suspendre l'événement, après les heurts du week-end dernier sur les Champs-Élysées, mais les initiateurs de la marche climat, prévue de longue date, lui ont répondu par la négative. La mairie de Paris avait également demandé sur Twitter "le report de la Marche pour le climat à début janvier, afin de permettre aux Parisiens de participer sans risque à ce rassemblement qui leur tient particulièrement à cœur".

Pour Greenpeace, pas question de renoncer à marcher pour le climat. 

Pour nous, pas question non plus de céder aux pressions visant à faire annuler cette marche !

Même attitude déterminée chez des associations comme Alternatiba, ANV-COP21, Amis de la Terre, Attac

"La manière dont le gouvernement s’y est pris est socialement injuste et écologiquement assez inefficace. Dans plusieurs villes de France, des 'gilets jaunes' et les marches pour le climat défileront ensemble samedi" explique Alternatiba,  mouvement citoyen pour le climat et la justice sociale. 

Pour les Amis de la Terre, il s'agit de "montrer qu'on peut trouver des solutions pour concilier fin du monde et fin du mois". 

Plus de 120 marches sont annoncées en France et plusieurs dizaines d'autres dans 17 pays, à l'appel d'une soixantaine d'organisations, "pour porter un message d'alerte" en pleine conférence de l'ONU sur le climat (COP24) en Pologne.

Le WWF France renonce et suit l'avis de Nicolas Hulot

Au contraire, le WWF estime que "les conditions de sécurité ne sont malheureusement plus réunies pour garantir un déroulement pacifique de la marche du 8 décembre. Dans ce contexte, le WWF France n'y prendra pas part et s'associe à Nicolat Hulot pour inviter les organisateurs à la reporter début 2019".

Nicolas Hulot, dont la démission du ministère de l'Ecologie avait contribué au succès d'une précédente marche pour le climat en septembre, a en effet expliqué que ce n'était "pas le moment" pour une nouvelle manifestation parisienne.

Justice sociale et climat, un tandem plutôt qu'un dilemme

Les ONG notent que la COP24  qui se déroule en Pologne, avait prévu d’aborder la question de la justice sociale, d'une transition énergétique juste, en incitant les États à assurer un avenir décent aux travailleurs. Elle ne prévoit pas d'engagement contraignant, mais qui veut montrer que les États sont conscients du risque.

Coté politique, eurodéputée EELV Yannick Jadot, estime qu'"un grand plan Marshall" pour le logement et la création d'activité économique, permettrait de "reconquérir des territoires et gérer de concert les défis sociaux et environnementaux". Il se dit "inquiet par l'explosion de la violence" dans le conflit des "gilets jaunes".  

Dans une tribune publiée dans le Monde, Laurence Tubiana, ex-représentante spéciale du gouvernement français pendant la COP21, explique que  la fiscalité carbone "doit se faire dans le cadre d’une réforme fiscale globale, avec des mesures d’accompagnement des citoyen".

Opposer climat et “gilets jaunes” est une folie 

Sur les réseaux sociaux, les manifestants de nombreuses régions ont appelé à se mobiliser une nouvelle fois ce samedi, certains cherchant une convergence avec des collectifs et associations à l'initiative de marches pour le climat prévues dans quelque 120 villes de France.

Plus de 290 personnalités - syndicalistes, responsables associatifs et politiques, chercheurs, universitaires et artistes - appellent à manifester "massivement" pour la justice climatique, "en convergence avec la quatrième journée de mobilisation des +gilets jaunes".  

Les signataires "soutiennent les revendications de justice fiscale et sociale portées par le mouvement des +gilets jaunes".  Ils appellent "la population à se mobiliser pour imposer une politique qui permette de mieux vivre, et à manifester pacifiquement dans la rue massivement le 8 décembre, journée de mobilisation internationale pour la justice climatique, en convergence avec la quatrième journée de mobilisation des gilets jaunes", écrivent-ils.  

L'appel publié dans Libération vendredi a été lancé à l'initiative d'Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne). Parmi les principaux signataires, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, le secrétaire national du PCF Fabien Roussel, le porte-parole du NPA Olivier Besancenot, la sénatrice EELV Esther Benbassa, le réalisateur Cyril Dion.

Une partie des signataires se retrouvera gare Saint-Lazare à 10h00 samedi pour manifester, vêtue d'un gilet jaune. Nombre de personnalités politiques se retrouveront ensuite à Nation à 14h00 pour le départ de la marche pour le climat.

La question a été abordée en Pologne dans le cadre de la COP24, où les ONG s'interrogent sur les moyens de taxer les énergies néfastes pour le climat sans pénaliser les citoyens. Le problème n'existe pas qu'en France, et selon Robin Webster, de l'ONG britannique Climate Outreach spécialisée dans la communication autour du climat, "on peut faire accepter une taxe carbone mais les gens doivent avoir confiance en ceux qui proposent ces taxes. Sentir que c'est pour la bonne cause, que c'est juste. Le mécanisme ne doit pas pénaliser certains par rapport à d'autres. Et si cette taxe carbone suscite des recettes, les gouvernements doivent dire à quoi elles vont servir".

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À l'occasion de la COP24, retrouvez toutes les émissions et les chroniques sur le changement climatique, par les antennes de Radio France. Quel est l'impact du réchauffement climatique sur l'environnement ? Quels dangers, quelles solutions ? À retrouver sur iTunes, sur Deezer ou en fil RSS.

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