Bouygues Télécom veut racheter les RTT de ses salariés actuels. De nombreuses entreprises rêvent du retour aux 39 heures.

Bouygues Télécom veut racheter les RTT de ses salariés, une nouvelle façon de tordre le cou aux 35h
Bouygues Télécom veut racheter les RTT de ses salariés, une nouvelle façon de tordre le cou aux 35h © AFP / Philippe HUGUEN

Augmenter la durée réglementaire du travail et mettre un point final aux 35 heures de Martine Aubry, les candidats à la primaire de la droite y pensent tous, qu’ils imaginent mettre la barre à 37 ou 39 heures de travail, tous voient dans cette loi la mère de toutes les défaites économiques.

Manuel Valls, lui-même, était favorable, en 2012, à reformer le temps de travail. En 2016, la Loi Travail devrait permettre de faciliter les heures supplémentaires, sans remettre en cause la durée légale. Car qui dit temps de travail, dit aussi heures supplémentaires et RTT (réduction du temps de travail). Toucher à l’un, veut évidemment dire toucher aux autres.

Les RTT nées avec les 35 heures

Lorsque le gouvernement Jospin décide d’abaisser la durée du travail de 39 à 35 heures, certaines entreprises préfèrent alors ce système de récupération à l’abaissement pur et simple du temps de travail de tout ou partie des salariés. Les accords – et donc le nombre de jours de RTT – diffèrent selon les entreprises. La possibilité de placer une partie de ces jours sur un compte épargne temps à participé à différencier encore plus les situations. Les RTT, comme les 35 heures ont été complètement intégrées dans le mode de vie des Français qui, interrogés en 2008 par LH2, refusaient à 68% l’idée de les échanger contre une augmentation de salaire. Même réponse en 2015 à un sondage regionjobs. Ils sont toujours moins de 30% à souhaiter une augmentation de salaire ou une prime en échange de leurs RTT.

Augmenter le temps de travail

Les 35 heures ont été retouchées par les gouvernements de droite à l’appel des entreprises qui les accusent de mettre à mal la compétitivité en alourdissant le coût du travail, ou voir d’être responsables du chômage. Pour les entreprises qui attendent le retour aux 39h, jusqu’ici le plus simple a été de proposer des "pactes compétitivité" à leurs salariés, un engagement à ne pas licencier, en échange d’une augmentation du temps de travail. Ça a été le cas, par exemple, chez Smart, en mars dernier. En acceptant une augmentation du temps de travail à 39h, payées 37h, les salariés ont obtenu 120 euros de plus par mois, une prime de 1000 euros par an (sur deux ans) et une garantie d’emploi jusqu’en 2020. La direction a donc réussi à obtenir 12% de temps de travail de plus, en échange d'une augmentation des salaires de 6%. Mais le plus souvent l’augmentation du temps de travail est consentie par les salariés, juste tenter de garder leur entreprise ouverte, comme ça a été le cas pour les Conti ou chez Bosch. En 2004, dans cette entreprise, les syndicats ont fait d'importantes concessions (36 heures payées 35 par le biais de suppression de jours de RTT, une modération salariale pendant trois ans et une réduction de la majoration des heures de nuit). Un plan social était pourtant annoncé six ans plus tard.

Augmentation « douce » ou « à la carte » du temps de travail

Argent contre RTT. C’est en gros ce que veut proposer Bouygues Télécom aux salariés qui le souhaitent. L’entreprise qui est en train de se réorganiser, envisage ce moyen pour augmenter le temps de travail. La direction met sur la table une augmentation de salaire de 1,5 à 2 % de hausse salariale, selon les catégories de personnel, en échange de toutes ses RTT. Les nouveaux embauchés n’auraient, eux, ni RTT ni augmentation. La CFDT s'inquiète des difficultés qui pourraient découler de la gestion d'équipes où tout le monde n'aurait pas le même nombre de jours de récupération. FO, par contre, se dit disposé à signer. Ne serais-ce que parce que, selon le syndicat, l’entreprise pourrait proposer moins bien l'an prochain, une fois la loi travail entièrement appliquée. La loi Travail, dont les décrets d’application devraient être publié entre octobre et la fin de l’année, seront plus  "offensifs". En clair, aujourd’hui, pour toucher aux 35h, il faut la plupart du temps justifier de difficultés dans l’entreprise (accords de maintien dans l’emploi). Après l’entrée en vigueur de la loi, ce ne sera plus nécessaire. Il suffira de dire que c’est pour préserver ou développer l’emploi.

Bouygues n’est pas la seule entreprise à imaginer racheter des congés, quelle que soit leur nature

Radio France, par exemple, a imaginé, avant de reporter son projet, de  "racheter" les jours d’ancienneté que prévoient les conventions collectives journalistes et personnel technique et administratifs. Là aussi l’idée c’est de ne plus consentir cet avantage aux nouveaux arrivants et de donner une prime aux salariés présents, non réévaluée contrairement à la valeur d'un jour de congé, donc financièrement plus intéressante pour l’entreprise qui peut, de plus, s’en servir pour justifier une absence d’augmentation générale des salaires.

►POUR EN SAVOIR PLUS | Ecouter Interception "35 heures ... et des poussières"

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