les négociations sur la formation professionnelle toujours bloquées
les négociations sur la formation professionnelle toujours bloquées © reuters
par Emmanuel Jarry PARIS (Reuters) - La CGPME, qui représente les petites et moyennes entreprises françaises, a continué vendredi à jouer les trouble-fête dans les négociations entre partenaires sociaux sur la réforme de la formation professionnelle. Le gouvernement veut faire des 32 milliards d'euros consacrés chaque année à la formation professionnelle une arme contre le chômage et demande aux partenaires sociaux de conclure avant fin 2013 un accord qui pourrait être transformé en loi. L'ultime session de négociation, suspendue jeudi soir, devait reprendre avec un nouveau projet d'accord préparé par le Medef et l'Union professionnelle de l'artisanat (UPA). Mais la séance plénière n'a commencé qu'après une longue rencontre bilatérale entre les délégations du Medef et de la CGPME pour tenter de rapprocher les positions des deux organisations patronales. Apparemment en vain. "En l'état, on ne signe pas", a déclaré Geneviève Roy, la vice-présidente et principale négociatrice de la CGPME. Les négociations butent sur le financement de la formation professionnelle, dont la CGPME tire aujourd'hui une grande part de ses ressources, directement comme gestionnaire ou par le biais de la rémunération d'une partie de ses cadres. Les entreprises sont un des principaux bailleurs de fonds, avec 13,7 milliards d'euros consacrés en 2012 à la formation professionnelle, dont 6,7 milliards versés à des organismes paritaires, les Opca, gérés par les partenaires sociaux. UN GESTE DU MEDEF Un des enjeux de la négociation est la mise en oeuvre du nouveau compte personnel de formation (CPF) créé par la loi de sécurisation de l'emploi de juin 2013, elle-même inspirée d'un accord conclu par les partenaires sociaux en janvier dernier. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a pressé vendredi le Medef d'assouplir sa position : "Je le dis au Medef, puisque c'est le Medef qui aujourd'hui bloque la négociation (...) Il faut un accord", a-t-il déclaré à France Bleu Armorique. Cette intervention a agacé des délégations syndicales. "Ce sont des enfantillages. S'il veut un beau bébé, qu'il nous laisse travailler ou sinon qu'il le fasse lui-même", a ainsi pesté le chef négociateur d'une des grandes centrales syndicales. "Les partenaires sociaux sont peut-être plus à même de trouver une solution sur ce terrain que les politiques." Le projet d'accord Medef-UPA prévoit notamment d'abonder en partie les ressources de la formation professionnelle par une contribution minimale obligatoire de 0,8% de la masse salariale versée par les entreprises de 10 salariés et plus aux Opca. Cette enveloppe serait complétée par les contributions volontaires des entreprises ou des contributions conventionnelles mises en place par des accords de branche. Syndicats et CGPME jugent insuffisant le taux de la contribution minimale. Les premiers souhaitent en outre un financement dédié du CPF. Après la suspension des négociations jeudi soir, les contacts informels se sont poursuivis. LES TÉLÉPHONES CHAUFFENT Le chef de file de la délégation de la CFDT, Marcel Grignard, s'est attardé au siège du Medef, où ses homologues de Force ouvrière, Stéphane Lardy, et de la CFTC, Jean-Pierre Therry, sont revenus tard le soir. La CGT a pour sa part envoyé sa propre version du projet d'accord à minuit et demi. "Les téléphones ont aussi chauffé tard hier soir et tôt ce matin", a déclaré le secrétaire général de l'UPA, Pierre Burban. Selon Geneviève Roy, le Medef a fait un geste en proposant de porter le taux de la contribution obligatoire à 1,0%, ce qui est notamment une revendication du syndicat des cadres, la CFE-CGC, et de dédier les 0,2 point au financement du CPF. Mais la négociatrice de la CGPME a jugé cette proposition insuffisante. "Ça ne bouge pas ou alors à la marge", a-t-elle déclaré à des journalistes avant la reprise des discussions en séance plénière. "Il n'y a rien pour la mutualisation. Il y a un effondrement (des ressources) pour les entreprises de 50 à 300 salariés. Or c'est là qu'il y a la majorité des salariés." Si la CGPME n'obtient pas satisfaction, elle déposera son propre texte et "ira le défendre au Parlement", a menacé Geneviève Roy. "Les ponts ne sont pas rompus. On continue de travailler", a-t-elle cependant ajouté. Edité par Yves Clarisse
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