La France a-t-elle été réellement mise sur la touche par les Pays-Bas, qui viennent de s'emparer d'une participation importante au capital d'Air France ? Bercy et Emmanuel Macron dénoncent l'attitude des dirigeants néerlandais. L'économiste Loïc Tribot La Spière décrypte pour France Inter cette situation inhabituelle.

Dans cette affaire Air France KLM, c'est un Etat qui est à la manœuvre, le royaume néerlandais.
Dans cette affaire Air France KLM, c'est un Etat qui est à la manœuvre, le royaume néerlandais. © AFP / Afp

Le conseil d'administration d'Air France-KLM s'est réuni à la mi-journée ce mercredi après l'annonce surprise mardi de l'entrée au capital du groupe du gouvernement néerlandais. Il a acquis une participation de 12,68% dans Air France-KLM pour 680 millions d'euros. Son objectif  est de renforcer son influence dans le groupe aérien et de porter sa participation au même niveau que celle de la France, soit environ 14%. Le conseil d'administration promet d’être très vigilant sur les conséquences de cette prise de participation alors que du côté du gouvernement français, on affirme n'avoir jamais été informé de cette décision des Pays-Bas. Selon le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, il s'agit d'une opération inamicale et surprenante. Loïc Tribot La Spière, directeur du Centre d’Etude et de Prospective Stratégique, lui n'y croit. pas. Il explique pourquoi à France inter :

France Inter : Etes-vous surpris par la manière utilisée par les Pays-Bas ?

Loïc Tribot La Spière : Si nos autorités politiques et administratives au plus haut niveau considèrent que c'est de la surprise, moi j'ai un gros problème. Cela veut dire que les grands professionnels ne savent pas anticiper les réactions et les montées en puissances d'un État surtout sur un dossier aussi sensible. La surprise, je n'y crois absolument pas. S'il y a réellement de la surprise cela signifie que le dossier était mal suivi. 

Gérald Darmanin estime que les États doivent le moins possible se mêler de la vie des entreprises. 

Cette affirmation est totalement hors sol. Les États-Unis pratiquent un libéralisme à l'extérieur mais qui dans le fond est totalement contrôlé. Regardons l'implication du gouvernement actuel dans le développement de ses acteurs économiques. Si cela n'est pas un soutien, je ne sais pas ce que c'est. L'ensemble de l'économie chinoise est aux mains de l'État chinois. Avoir ce discours à contre-emploi  ne me paraît absolument pas approprié. Le secteur aérien est hautement stratégique et concurrentiel. Il serait désuet de pratiquer un libéralisme qui serait donc inapproprié, surtout dans ce type d'activités économiques.

Cette annonce risque de provoquer de nouvelles turbulences pour cette compagnie qui en a déjà connu beaucoup ?

Air France a décroché ces dernières années. Problèmes sociaux, changements de président... Il est légitimes que nos amis néerlandais se posent de questions. 

Il y a d'après vous un problème de bonne entente au sein des États européens sur les projets industriels ?

Le problème est surtout de savoir ce que veulent les actionnaires. On est dans des postures où les États disent "Il faut qu'on soit présent" mais au fond, c'est silence radio. Les États sont-il de bons gestionnaires et de bons anticipateurs, c'est une autre question ? 

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