Mamoudzou, incidents durant la grève générale de 2011
Mamoudzou, incidents durant la grève générale de 2011 © DUPUY FLORENT/SIPA

Plus de deux semaines de grève générale et de violences urbaines dans ce territoire qui est devenu, il y a cinq ans le 101ème département français.

Une intersyndicale a décrété la grève générale le 30 mars dernier, provoquant de graves perturbations sur l'île, notamment avec le blocage des principales routes. Les syndicats revendiquant "l'égalité réelle" entre la métropole et le département d'outre-mer et notamment l'alignement des prestations sociales et l'application du Code du travail national (Mayotte est encore aux 39 h), ainsi que des moyens de lutte contre l'insécurité et la construction d'écoles.

Du fait du blocage de la principale voie de circulation entre les différentes communes, les activités économiques fonctionnent partiellement ou au ralenti provoquant la colère de nombreux entrepreneurs qui n'ont pas hésité mardi à s'en prendre verbalement à des leaders syndicaux.

Est ce que vous êtes contents de la paralysie du département que vous provoquez et du manque à gagner que nous, entrepreneurs, nous subissons ? Comment allons-nous pouvoir payer nos salariés à la fin du mois ?

A Mayotte, la correspondance de Andjilani Toufaili, de Mayotte Première

Un processus de rattrappage prevu sur plusieurs années

Depuis le printemps 2011 et un processus de rattrapage sur tous les plans (scolaire, social, institutionnel, des équipements, etc.) a été mis en place afin d'amener progressivement ce territoire au niveau des autres départements.

Une grève générale et des manifstations avaient déjà eu lieu en novembre 2015 pour la même raison : "l'égalité des droits" par rapport au reste du territoire français. Interrogée à ce moment là, la ministre des Outre-mer, George Pau-Langevin, les retards et la mise à niveau sociale de Mayottene peuvent être "rattrapés en une année".

Nous avions pris la peine, pour l'entrée dans la départementalisation, de mettre tout le monde autour de la table, de bâtir un plan avec des étapes: ce plan, c'est Mayotte 2025 , que tout le monde a approuvé et que tout le monde a signé. Aujourd'hui, certaines organisations syndicales veulent aller plus loin et plus vite que ce qui a été prévu (...) sur le plan humain je comprends: quand on est département, on veut être à égalité avec les autres, mais la difficulté est qu'on ne peut rattraper en une année des années et des années de difficultés.

Laurent Canavate, de Mayotte Hebdo avec Marie Bernardeau

Confronté à une forte croissance démographique (la moitié de la population a moins de 17,5 ans), Mayotte connait le taux de chômage le plus élevé des départements d'outre-mer (36,6%), et son PIB par habitant ne s'élève qu'à 7.900 euros, contre 31.500 euros au niveau national et 18.900 à la Réunion.

Parallèlement à la grève, de nombreux incidents se sont produits sur l'île

Des violences urbaines ont éclaté dans la nuit de lundi à mardi à Mamoudzou, chef-lieu du département de Mayotte. Des témoignages recueillis sur place ont fait état de groupes de jeunes cagoulés, des casseurs, qui ont caillassé des habitations et saccagé de nombreuses voitures. La préfecture a mis en place mardi soir un dispositif de sécurité renforcé dans certains quartiers de Mamoudzou, ce qui a permis selon elle de contenir les violences, même si une centaine de jeunes ont encore dégradé des véhicules. Des habitants excédés s'étaient rassemblés mardi sur la place centrale de Mamoudzou pour dénoncer les violences. Et dans le quartier de Doujani, d'autres ont "exposé" leurs voitures caillassées, bloquant un carrefour.

Le gouvernement a annoncé mercredi l'envoi de forces de l'ordre supplémentaires à Mayotte

L'immigration clandestine, l'un des problèmes de l'île

La ministre des Outre-mer a souligné la forte immigration - en partie illégale - de populations comoriennes à Mayotte, ce qui "accroît le sentiment des Mahorais d'être évincés des infrastructures créées pour eux" et nécessite "une politique de coopération" avec Anjouan. On estime que les migrants, pour la plus part venus des Comores voisines, représentent en effet 40% de la population totale. Parmi eux, beaucoup de mineurs, souvent non scolarisés et livrés à eux-mêmes, sans perspectives d’avenir. D'autres sont scolarisés mais "explosent" le nombre d'élèves par classe, malgré le fait que 217 classes ont été construites en 2015 à Mayotte, pour 70 millions d'euros.

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