Doit-on avoir peur du C919, concurrent direct des moyens-courriers d'Airbus et Boeing ? La spécialiste de l'économie chinoise Mary-Françoise Renard n'est pas (encore) inquiète.

Le C919 marque-t-il un bond en avant dans l'industrie aéronautique chinoise ? Sans doute pas à court terme.
Le C919 marque-t-il un bond en avant dans l'industrie aéronautique chinoise ? Sans doute pas à court terme. © AFP / Xiao jianing / Imaginechina

Il a décollé pour la première fois hier en grande pompe, devant toutes les télévisions chinoises : le C919, un moyen-courrier conçu l'avionneur chinois Comac pour concurrencer le duo Airbus-Boeing, a fait son vol inaugural vendredi.

Une avancée technologique qui illustre les ambitions aéronautiques de Pékin, mais aussi une pratique désormais habituelle – copie conforme puis production de masse – qui vaut à la Chine une réputation de dévoreuse de marchés. Les transferts de technologies conclus avec les puissances occidentales lui ont ouvert des nouveaux terrains de production, comme le nucléaire ou les transports, trains à grande vitesse et, désormais, avions.

Montée en gamme

Mais pour la spécialiste de l'économie chinoise Mary-Françoise Renard, de l'université Clermont-Auvergne, la Chine, qui doit compenser un énorme retard en matière de recherches technologiques, n'est pas aussi redoutable qu'on le croit.

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"La Chine connaît une très forte augmentation des salaires et des coûts de production, donc elle a perdu de la compétitivité sur les produits traditionnels pour lesquels elle exportait partout dans le monde", explique Mary-Françoise Renard. Mais sur le terrain des produits de consommation bon marché, "elle n'est plus compétitive par rapport à d'autres pays d'Afrique ou d'autres pays d'Asie", précise l'experte.

Pour continuer à exporter, il faut que la Chine monte en gamme, il faut améliorer la technologie.

"Jusqu'à maintenant, la Chine a utilisé de la technologie importée et l'exemple du C919 l'illustre tout à fait. L'avion (...) est fabriqué en Chine avec des produits américains, français, des pneus Michelin... Ça n'est pas encore l'économie de l'innovation que certains seraient tentés de décrire", poursuit Mary-Françoise Renard.

Politique volontariste

Des politiques industrielles ont progressivement été mises en place, comme le plan Made in China 2025, dans des secteurs cibles. L'idée, c'est qu'en 2020, les dépenses en R&D doivent représenter 2,5 % du PIB et la dépendance vis-à-vis de la technologie étrangère doit être diminuée.

Mais la réalité de court terme est différente : "On cite souvent le nombre de brevets déposés par les Chinois, un des premiers pays en la matière. Sauf que, précise la chercheuse, ce qui compte, ça n'est pas le nombre de brevets déposés mais les citations de ces brevets, c'est-à-dire l'utilisation de la technologie, de la recherche et de l'innovation inventés dans ces brevets pour une production."

"Or les brevets chinois sont très peu utilisés. La Chine n'est pas un pays d'innovation", conclut Mary-Françoise Renard.

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