Difficile à savoir tant Matignon refuse de donner des indices sur une possible décision sur le projet controversé d'aéroport. Le Premier ministre a en tout cas choisi d'effectuer une visite inopinée en Loire-Atlantique, où il a rencontré les maires de trois communes concernées (dont Nantes).

Edouard Philippe en visite à Notre-Dame-des-Landes le 13 janvier 2018
Edouard Philippe en visite à Notre-Dame-des-Landes le 13 janvier 2018 © Maxppp / Franck Dubray

C'est le genre de décisions dont on sait, quoi qu'il arrive, qu'elle fera des mécontents. Quelques années, voire quelques décennies après les premiers balbutiements du projet, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes vit peut-être ses derniers (ou ses premiers) instants. D'où cette visite surprise sur place, où Édouard Philippe a pu mesurer la colère des uns et des autres (à l'exception notable des "zadistes" installés sur le site) : du maire de Notre-Dame-des-Landes, opposant au nouvel aéroport, au maire de Saint-Aignan de Grand Lieu, opposé lui à l'agrandissement de l'aéroport actuel.

Le Premier ministre répète que la décision n'est pas prise, après avoir déjà reçu l'ensemble des élus concernés et avant une date butoir à la fin du mois. Ce déplacement, c'est sans doute surtout une manière de montrer qu'il a pesé le pour et le contre le plus consciencieusement possible. Il y a en fait deux manières de voir les choses.

"Mains dans le cambouis" ou "calinothérapie" ?

La première, c'est l'image : le Premier ministre "met les mains dans le moteur". Histoire de pouvoir dire, quand le sort de Notre-Dame-des-Landes, qu'on ne peut pas lui reprocher d'avoir été aveugle et sourd aux arguments des uns et des autres. Depuis le 5 janvier, Édouard Philippe consulte. La veille, les pro-aéroports ont tenté de le convaincre qu'ils n'étaient pas "des bétonneurs", qu'ils pouvaient aussi se prévaloir de l'onction démocratique (la consultation locale de juin 2016, qui a dit "oui" à la construction).

Une autre manière de voir les choses, c'est un possible "désamorçage". Du côté du ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, on murmure que si le projet était abandonné, ça ne coûterait pas nécessairement 350 millions d'euros à l'État. Il y aurait sans doute un motif d'annulation autour d'un clause "suspecte" du contrat conclu en 2010 avec Vinci. Et en attendant de jeter l'éponge, Édouard Philippe serait donc venu faire de la "calinothérapie".

Bref comme le disait à sa façon jeudi le sénateur Bruno Retailleau, "ce n'est pas le Premier ministre qui décidera, c'est Jupiter. Le reste n'est que scénographie." 

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