Passeport vaccinal, passeport sanitaire... Peu importe son nom, son niveau de contrainte, c’est la solution qui s’impose aux États pour rouvrir les lieux de loisirs et relancer les voyages. La Chine vient de lancer le sien, mais à l’heure actuelle, aucun dispositif ne fait l’unanimité dans le monde. Tour d’horizon.

La Commission européenne travaille depuis plusieurs semaines sur un "digital green pass".
La Commission européenne travaille depuis plusieurs semaines sur un "digital green pass". © Radio France / Xavier Demagny

C’est une simple application à télécharger ou à mettre à jour. Une formalité pour les plus de 800 millions d’utilisateurs de smartphone chinois qui utilisent déjà leur appareil pour à peu près toutes les choses de la vie quotidienne. Pékin vient de lancer ce dispositif numérique sous le nom de "passeport santé", un certificat sanitaire disponible via WeChat, un géant de la messagerie comparable à WhatsApp. L’application est réservée aux citoyens chinois et doit leur permettre, grâce à un QR code, de justifier de tests PCR et sérologiques à jour, ou même de leur statut vaccinal, afin de voyager vers l’étranger ou de rentrer en Chine. L’objectif affiché par les autorités a été clairement exprimé par le ministère des Affaires étrangères : "promouvoir la relance économique mondiale et faciliter le passage des frontières." Et pour le voyageur, terminée la quarantaine imposée à l’arrivée.

Passeport vert contre pass sanitaire

La Chine est loin d’être la seule ou la première à se lancer. Tous les pays du monde travaillent à la mise en place d’un document qui prouverait que chaque citoyen est immunisé contre le Covid-19 et qu’il ne risquerait pas de contaminer les autres, le reste de la population dans son pays ou le reste du monde pendant un voyage à l’étranger.

À la pointe sur le sujet, on retrouve Israël et son "passeport vert", qui permet aux personnes ayant reçu deux doses de vaccin, et à ceux qui ont guéri du Covid, d’avoir accès aux cafés et restaurants, aux établissements de loisirs, salles de spectacles, salles de sport et évènements sportifs. Mais si le Premier ministre, Benjamin Netanyahu a pu imposer ce dispositif contraignant à la population, c’est avant tout grâce à l’efficacité de la campagne de vaccination massive dans le pays.

Ailleurs, en Europe notamment, ce passeport vaccinal fait l’objet d’un débat depuis plusieurs mois, entre les partisans d’un dispositif contraignant, offrant plus de libertés aux populations immunisées (par vaccin ou anticorps), et ceux qui rejettent cette solution car jugée discriminatoire envers la majorité des personnes non-vaccinées actuellement et se positionnent en faveur d’un cadre plus souple.

Autrement dit, on trouve d’un côté une partie des pays méditerranéens, ainsi que la Hongrie, le Danemark ou encore l’Islande, qui veulent sauver leur saison estivale et par extension leur économie, ou ont la chance d’avoir une situation épidémique favorable. De l’autre, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou encore les Pays-Bas, qui défendent plutôt l’idée d’un pass sanitaire, soit un dispositif qui permet à la fois aux personnes vaccinées et à celles qui justifient d’un test Covid négatif récent, de profiter d’une vie sociale normale.

L’heure est encore à la vaccination

Faute de consensus, de nombreux pays ne veulent pas attendre la fin du débat et prennent des initiatives individuelles. L’Islande a lancé un "certificat de vaccination" (vaccin ou test sérologique) pour ses ressortissants et les touristes européens, qui évitent ainsi la quarantaine à l’arrivée. Le Danemark propose sensiblement la même chose sous le nom de "coronapass", tout comme la Suède, l’Estonie ou encore la Pologne. Quant à la Grèce et Chypre, leur économie dépendant fortement du tourisme, les deux pays ont passé des accords avec Israël pour faire voyager leurs citoyens munis d’un passeport vert sans restrictions.

À la Commission européenne, si l’heure est encore à la vaccination, on travaille depuis plusieurs semaines sur un "digital green pass", avec l’objectif de "permettre graduellement aux Européens de se déplacer en sécurité au sein de l’UE ou en-dehors, pour le travail ou du tourisme", dixit la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. La voie privilégiée : un passeport standardisé et reconnu par les 27 pays, qui attesterait d'une vaccination, d'un test sérologique ou d'un dépistage négatif. Le projet sera présenté le 17 mars avant d’être soumis le 25 mars au prochain sommet Européen, mais n’entrerait pas en vigueur avant l’été, le temps nécessaire pour mettre en place un système commun et lever toutes les questions techniques et juridiques.

L’aérien pour mettre tout le monde d’accord

Derrière les États, des forces poussent également pour qu’une solution rapide soit trouvée. En première ligne, le secteur du transport aérien qui se mobilise pour faire repartir au plus vite les vols internationaux et rebondir après une année 2020 maudite. L’Association internationale du transport aérien (IATA) travaille depuis plusieurs mois sur un "travel pass", un passeport numérique dont l’expérimentation par Singapore Airlines devrait débuter la semaine prochaine. Le directeur général de l'IATA, Alexandre de Juniac, l’a présenté chez nos confrères de France Info comme un "outil de certification essentiel" à une réouverture des frontières sans risque, et qui aurait pour particularité de mettre tout le monde d’accord.

"Nous avons développé un outil dans lequel on décrit l'intégralité des demandes que font les États pour entrer chez eux, quelles qu'elles soient. Ensuite on donne une liste de laboratoires, de centres de vaccination auxquels on peut se rendre", explique le patron de l'IATA. "Troisièmement, ces centres ou ces laboratoires, une fois qu'ils ont opéré la vaccination ou le test, ils mettent dans l'application un QR code qui dit que tout a été fait selon les conditions quelques jours avant. Et ensuite, le passager décide, au moment où il va voyager qu'il va transférer ces informations à la compagnie aérienne, à l'État d'accueil ou à l'État de départ."

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De leur côté, au grand regret de l’IATA, qui travaille avec de nombreuses compagnies aériennes afin de ne proposer aux États qu’une seule solution pour tout le secteur, Air France-KLM, Lufthansa, ou encore Air New Zealand vont eux aussi lancer des initiatives. Par exemple, ce jeudi et pendant quatre semaines, Air France va mettre en place un pass sanitaire numérique (via l’application AOK dans laquelle un QR Code permettra de vérifier le résultat d’un test Covid), sur la base du volontariat, pour ses vols entre Paris et la Guadeloupe et la Martinique. Si plusieurs grandes compagnies en font autant, les voyageurs devront se tirer les cheveux pour savoir quoi télécharger et quoi justifier.

Sans surprise, les géants de la tech et du numérique s'investissent également autour d'un système de partage des informations de vaccination. En janvier dernier, plusieurs d'entre-eux, Microsoft, Oracle, Cerner ou encore Epic se sont rassemblés sous le collectif "The Vaccine Credential Initiative", dans le but de développer une solution de passeport vaccinal numérique. Le dispositif pourrait être disponible via Google Pay ou l'Apple Wallet, ce qui pourrait le condamner à n'être utilisé que par les pays qui n'ont pas de craintes de laisser une nouvelle fois les GAFAM accéder à des données personnelles sans garanties de protection. Autant dire pas grand monde.