Le constructeur automobile français a subi au premier semestre la perte nette la plus lourde de son histoire. En cause : concurrence, crise du Covid-19, surcapacités de production mais aussi la chute du groupe Nissan, détenu à 43 % par Renault.

Renault affiche une perte abyssale de 7,3 milliards au premier semestre 2020.
Renault affiche une perte abyssale de 7,3 milliards au premier semestre 2020. © Maxppp / Dylan Meiffret

Une chute historique. Le constructeur automobile français Renault a subi au premier semestre la perte nette la plus lourde de son histoire, à 7,3 milliards d'euros, plombé par les difficultés de son partenaire japonais Nissan et la crise sanitaire. Le groupe, déjà en difficulté avant la pandémie de coronavirus - qui avait annoncé fin mai 15 000 suppressions d'emplois dans le monde dont 4 600 en France - a indiqué qu'il renonçait à toute prévision de résultat financier pour 2020 face aux incertitudes sanitaires, mais a promis un rebond. 

En cause ? La crise du Covid, qui bloque toute la production et les ventes. Mais la perte historique s'explique principalement par la contribution du constructeur automobile Nissan, détenu à 43 % par Renault. Profitable jusque-là, Nissan n'apporte plus que de lourdes pertes : il a pénalisé le groupe au losange à hauteur de 4,8 milliards d'euros.

Une surproduction au niveau mondial

Renault (qui regroupe aussi les marques Dacia, Lada, Alpine et Samsung Motors) souffre aussi de surcapacités de production au niveau mondial, et a donc été particulièrement frappé par la chute du marché. Une situation "assez attendue", selon Bernard Jullien, maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux, mais, concède-t-il, peut-être "un peu pire qu'attendu". Sans compter que le constructeur français cumule plusieurs handicaps : "Renault n’était pas bien avant la crise du Covid. Et aujourd’hui, l’entreprise subit à la fois son propre sort et celui de Nissan." 

Des résultats mettent en péril l'entreprise, analyse le spécialiste de l’industrie automobile : "On sent bien que de grosses craintes s’expriment un peu partout, en particulier sur les marchés financiers. Le titre Renault a largement dévissé". À la Bourse de Paris, l'action Renault perdait ainsi 3,46 % vers 11h30, à 23,15 euros, dans un marché en baisse de 1 %.

"Il y a une forme de déshérence à la tête de Renault"

Sans compter, explique Bernard Jullien, la question de la mobilisation des équipes sur un projet : "On sait que depuis novembre 2018 il y a une forme de déshérence à la tête de Renault. On a un nouveau dirigeant qui est arrivé, Lucas de Meo, à qui on essaie de mettre sur le dos tout ce qui s’est passé avant lui et les difficultés présentes. On l’attend au tournant pour voir si lui arrivé, un projet prend forme et redonne confiance dans la capacité de Renault à rebondir."

"Nous touchons en ce moment le point bas d'une courbe négative qui a démarré il y a plusieurs années", a de son côté déclaré Lucas de Meo lors d'une conférence téléphonique.

PSA, le frère ennemi

Renault pâtit en outre de la comparaison avec PSA, qui a réussi à gagner de l'argent au premier semestre malgré la crise, avec un bénéfice net de 595 millions d'euros. "On a des frères ennemis qui se regardent", analyse Bernard Jullien : "On est habitué que quand un va bien, l’autre aille mal. Là on est dans cette configuration dans des termes assez extrêmes. La guéguerre que se livrent les deux constructeurs, avec le vol de cadres, semble continuer."

Pourquoi un tel écart de résultats entre les deux constructeurs ? "On a une espèce d’obsession chez Carlos Tavares à la tête de PSA, qui est l’abaissement du point mort, la profitabilité. Avant la crise du Covid c’était déjà apparent, ça l’est encore plus quand on regarde les résultats du premier semestre 2020", pointe Bernard Jullien. "Chez Renault, on a eu depuis 2017 la volonté d’essayer avec Nissan d’atteindre les 10 millions de véhicules par an. Ça a été au prix de la profitabilité."

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