Rebondissement heureux pour le gisement de Kashagan, au Kazakhstan : le forage est relancé. Le dernier épisode d’une histoire faite de grands espoirs et de rudes désillusions.

Seize ans après sa découverte, le gisement de Kashagan, en mer Caspienne, prend peut-être durablement du service.
Seize ans après sa découverte, le gisement de Kashagan, en mer Caspienne, prend peut-être durablement du service. © Getty / DigitalGlobe

Lorsque, au début des années 2000, une réserve est identifiée dans le nord la mer Caspienne, c’est très vite d’un des plus grands projets pétroliers au monde que l’on parle : Kashagan, ses 13 milliards de barils récupérables, avec l’espoir d’en extraire dès le départ 370.000 par jour et, à terme, 1,5 million (par comparaison, les Etats-Unis ont produit un peu plus de 9 millions de barils par jour en 2015).

Mais entre la promesse et l’extraction, du temps s’est écoulé : des contraintes techniques (grande profondeur, gel, forte pression) et capitalistiques (actionnariat très atomisé) ont eu raison du calendrier et du budget initial.

Avec huit ans de retard et des coûts multipliés par cinq, à 50 milliards de dollars, les premiers barils sont extraits après l’été 2013… avant que les opérations soient brutalement interrompues, dès le mois d’octobre.

Du gaz dans l'eau

En cause, des fuites de gaz dans les pipelines, une avalanche de critiques pour les atteintes à l'environnement induites par cet incident, et aucune solution à court terme.

Le patron de Total, Christophe de Margerie, décédé depuis, n'est alors pas rassurant :

Il ne s’agit pas seulement de réparer des tuyaux.

Et les cours du pétrole, alors très bas, n’encouragent pas les actionnaires du consortium exploitant, le NCOC, fruit du North Caspian Sea Production Sharing Agreement (NCSPSA), à consentir des investissements supplémentaires.

Trois ans après, et moyennant des efforts encore difficiles à évaluer, Kashagan a repris du service sans tambours ni trompettes le 14 octobre, si l’on en croit son opérateur. Soit dix jours avant son lancement en grande pompe, prévu ce dimanche.

Un coup d'épée dans l'eau ?

La banque d'investissement Goldman Sachs, comme d'autres experts, estimait en 2015 que, à moins d'un prix de marché de 120-130 dollars par baril, eu égard aux investissements consentis – certaines sources avancent une centaine de milliards de dollars, sans qu'il soit possible de confirmer ce total –, Kashagan ne rentrera pas dans ses frais.

Aujourd'hui, et même s'il a été soutenu par une récente décision de l'Opep, le baril de pétrole s'échange autour de 50 dollars. Autant dire que pour le Kazakhstan et ses partenaires, la fortune n'est pas (encore) au bout du pipeline.

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