Le ministre de la Culture, Franck Riester, lève ce mercredi le voile sur son projet de loi sur l'audiovisuel. Parmi les mesures envisagées jusqu'ici, il a évoqué à plusieurs reprises la possibilité de soumettre les plateformes de streaming aux mêmes quotas de musique francophone que les radios. Une fausse bonne idée ?

La part du streaming augmente chaque année dans la consommation de musique
La part du streaming augmente chaque année dans la consommation de musique © Getty / SOPA Images / Contributeur

C'est une mesure qui a été évoquée par le ministre de la Culture, Franck Riester, au début du mois : "Nous sommes en train de travailler à des dispositifs qui obligent les plateformes de streaming à exposer mieux les contenus francophones", a-t-il expliqué lors d'une interview. "Il y a une rupture d'égalité, d'équité, entre les radios et les plateformes de streaming".

Le ministre doit présenter ce jeudi au Conseil des ministres son projet de loi sur l'audiovisuel. Il doit ainsi trancher sur une demande des radios françaises, qui réclament un assouplissement des règles de diffusions d'artistes francophones. Depuis 1994, toutes les radios, publiques ou privées, doivent en effet diffuser au moins 40% de titres en langue française - dont une moitié de nouveautés. Une règle durcie en 2016 avec un "plafonnement des rotations", qui interdit d'utiliser un nombre réduit de titres et de les diffuser très souvent pour atteindre ce quota.

"Les quotas (...) ont des résultats, puisqu'on voit bien qu'il y a une émergence très importante de nouveaux artistes français"

Déjà fustigés par le passé par les radios - notamment les radios musicales - ces quotas sont encore plus critiqués depuis que le streaming musical est entré dans les pratiques d'écoute des Français. Pour les diffuseurs radio, la concurrence est déloyale. Ainsi, l'une des pistes évoquées serait d'obliger les plateformes à augmenter la part des artistes francophones dans les "playlists". 

Ni souhaitable, ni réalisable ?

Les acteurs du streaming en France, qui ont leur propre syndicat (ESML, pour Syndicat des éditeurs de service de musique en ligne), sont vent debout contre une telle réforme. Le président du syndicat, Ludovic Pouilly, également représentant de Deezer, estime que la mise en place de tels quotas serait une absurdité. "La comparaison des services musicaux en ligne avec les radios n'est pas justifiée. Un dispositif similaire à celui des quotas radios créerait une asymétrie avec les autres canaux de distribution musicaux tels que les distributeurs physiques, bien plus comparables à nos plateformes", explique-t-il, ajoutant que le marché du streaming, même s'il est la "principale source de croissance de l'industrie musicale", est encore "un secteur fragile". 

Au-delà, la mise en place de quotas est-elle techniquement envisageable ? La solution la plus vraisemblable serait l'imposition des quotas dans le cadre des playlists publiées par les plateformes. Mais cela s'appliquerait uniquement aux playlists faites "à la main", et pas aux "recommandations de la semaine", "Daily Mix" et autre "Flow" basés sur les écoutes de l'auditeur. 

À moins de modifier l'algorithme pour imposer 40% de chanson française dans la playlist personnalisée... au risque de rendre la playlist en question moins personnelle (que se passe-t-il pour un auditeur qui n'écoute jamais de chanson francophone ?). On arrive rapidement à un raisonnement fragile, voire absurde.

Il faut ajouter à cela le fait que, sur ces plateformes, les playlists que chacun crée peuvent être publiques. Autrement dit, sur Spotify par exemple, il existe les listes éditées par la plateforme elle-même... mais on peut aussi s'abonner à celles crées par les membres, ou par d'autres entreprises, comme Filtr, spécialisées dans la création de podcasts. 

Ces acteurs, particuliers ou professionnels, seront-ils considérés comme des diffuseurs de musique et soumis à la même politique de quotas ? Si le gouvernement choisit d'étendre les quotas à Spotify, Deezer, Apple Music et consorts, il devra trancher toutes ces questions complexes, et définir en quelque sorte ce qu'est une plateforme de streaming : un média ou un site commercial ?

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