Comment assurer la stabilité de la zone euro ? Après la crise grecque, l'Allemagne prône rigueur et responsabilité tandis qu'en France, on invoque plutôt la solidarité européenne. Quatorze économistes publient une série de propositions de réformes pour combiner les deux.

Le drapeau européen
Le drapeau européen © AFP / Daniel Kalker / DPA

Comment réformer la zone euro ? Angela Merkel sera vendredi à Paris pour en discuter avec Emmanuel Macron. Le sujet sera à l'ordre du jour du prochain Eurogroupe à Bruxelles lundi et les 19 États membres sont divisés sur les futures réformes. Dans un rapport publié à Berlin et à Paris, quatorze économistes français et allemands de tendances variées apportent une série de pistes : ils proposent six réformes pour mettre fin aux erreurs qui ont conduit à la crise grecque. 

Car si la zone euro renoue avec une croissance de plus de 2 %, ce n'est pas le moment de faiblir, au contraire. Au risque de jouer les rabats-joie : les économistes alertent sur l'urgence de ces réformes.

Ce n'est en effet pas parce que la croissance est de retour que la zone euro est tirée d'affaire.  Dans leur rapport, les économistes français et allemands pointent trois fragilités de notre puissance économique. 

Aider les États en difficulté ponctuelle

En premier lieu, le lien entre les banques et les États : les banques soutiennent toujours leur État en achetant massivement des obligations. Mais à la moindre inquiétude pour une économie souveraine et les banques se trouveraient en difficulté, mettant en péril l'épargne des ménages et le financement des PME, comme l'explique Agnès Bénassy-Quéré, économiste et membre de l'école d'Économie de Paris : "Dans certains pays comme l'Italie, les banques achètent beaucoup d'obligations du secteur public. En cas de difficulté dans un État, automatiquement les banques sont en difficulté. Ce lien n'a pas été coupé."

Mais côté allemand et français, il y a des lignes rouges. Chez nos voisins germaniques, pas question de mutualiser les dettes des États. Une position pas forcément compatible avec la solidarité renforcée prônée par la France. On peut pourtant combiner les deux. Les experts proposent un mécanisme pour aider les États en difficulté ponctuelle à amortir les chocs sans avoir à couper dans les investissements ou les dépenses sociales. Les économistes ne se prononcent en revanche pas sur un budget spécifique de la zone euro pour dépenser et investir, comme le souhaite Emmanuel Macron, car c'est une question éminemment politique à leurs yeux. 

Philippe Martin, proche d'Emmanuel Macron, appelle quant à lui à "un mécanisme budgétaire de solidarité pour des pays qui seraient en crise" tout en donnant plus de responsabilité aux États afin de ne pas revivre "ce que l'on a vécu pendant la crise de la zone euro".

Un impôt européen

A ce jour, la zone euro n'a pas de portefeuille commun, seule l'Union européenne dispose d'un petit budget : il représente à peine 1 % de la richesse des 28. Pour Emmanuel Macron il faut un budget de la zone euro alimenté par un impôt européen. L'idée c'est d'investir et de relancer la croissance, insiste l'économiste et signataire du rapport Agnes Benassy Quéré, pour ne pas voir la zone euro de nouveau fragilité en cas de difficulté économique d'un pays membre, comme par exemple l'Italie. 

"S'il n'y a plus jamais de croissance en Italie, explique-t-elle, c'est un sujet pour la zone euro parce que cela signifie que l'Italie sera en sur-endettement. Il y aura une restructuration de la dette qui peut déclencher une crise financière de la zone euro. On peut imaginer que les pays de la zone euro aient plus intérêt à financer la croissance en leur sein qu'au niveau de toute l'Union européenne. Cela pourrait justifier des dépenses d'investissement au niveau de la zone euro plutôt qu'au niveau de toute l'Union européenne."

Gare, cependant, à la tentation de mettre les problèmes sous le tapis, grâce à un mécanisme de transfert pour aider les États à amortir les chocs sans avoir à couper dans les investissements ou les dépenses sociales en cas de crise. Prenant l'exemple d'une hausse soudaine du chômage de deux points, l'économiste propose un transfert de fonds, mais sous conditions, uniquement "l'année où il y a ce sursaut, ce qui va éviter d'accentuer la crise, quand elle survient."

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