La hausse de l'euro par rapport au dollar, témoigne du retour au vert des indicateurs financiers. Mais va aussi compliquer la politique de relance de la zone euro.

Un euro fort complique la communication de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, sur la politique de relance de la zone euro
Un euro fort complique la communication de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, sur la politique de relance de la zone euro © AFP / DANIEL ROLAND

L’euro est fort. Si vous partez aux Etats-Unis, c’est une aubaine, cela vous offre un peu plus de pouvoir d’achat sur place en comparaison à l’époque où le dollar était plus fort que l’euro. Mais pour la politique européenne de relance économique de la Banque centrale européenne, la hausse de la monnaie unique est une situation qui devient préoccupante.

Ce jeudi à Francfort, l’euro fort devrait être au centre des discussions du Conseil des gouverneurs pour décider si, au regard de l’inflation, la BCE peut cesser sa politique monétaire non conventionnelle, initiée après la crise des subprimes en 2008 pour soutenir l’économie européenne, et sous quelles conditions.

Une hausse de l’euro par rapport au dollar (depuis janvier 2017, le taux de change euro-dollar s’est accru de plus de 13% en faveur du premier) n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, du moins à court terme. C’est la conséquence directe du retour de la croissance dans la zone euro, de la baisse du chômage et d’une balance commerciale très favorable (les exportations en dehors de la zone euro atteignent des montants importants, en comparaison des produits importés, ce qui contribue à la richesse des pays de l’Union européenne).

C’est aussi le signe que la politique de Donald Trump et les relations avec des États-Unis avec la Corée du Nord inquiètent les marchés et les investisseurs, qui préfèrent se tourner vers la zone euro, considérée plus stable. Par effet mécanique sur l’offre et la demande (tous les mécanismes évoqués dans cet article sont simplifiés pour en faciliter la compréhension), plus les acheteurs s’intéressent à l'euro, plus la valeur de l'euro grimpe.

Effets à long terme néfastes sur les exportations

Le problème vient surtout à plus long terme : en résumé, un euro fort signifie des prix élevés à l’exportation, ce qui tend à rendre la zone euro moins compétitive, moins bon marché que les pays hors zone euro. Avec pour effet une baisse des exportations, puisque cela coûte moins cher ailleurs.

Tant que la balance commerciale reste sinon positive (on crée plus de valeurs à l’exportation que l’on n’en dépense à l’importation), au moins relativement stable, les pays continuent à s’enrichir. Mais dès lors que les entreprises doivent ajuster leurs marges – avant de réduire les coûts de production, dont fait partie la masse salariale, notamment – pour ne pas perdre en parts de marché, il y a un enrichissement moindre.

Devant cette baisse du pouvoir d’achat, les entreprises investissent moins (et donc in fine réduisent les salaires ou embauchent moins), les ménages consomment moins (donc n’apportent pas assez de demande pour inciter les entreprises à produire, investir et embaucher), le taux d’inflation (la variation à la hausse des prix) stagne ou augmente peu et la croissance s’en trouve ralentie.

Une situation pas si stable

Dans le cas de la zone euro, la BCE a mené une action exceptionnelle depuis 2008 en diminuant son taux directeur, ce qui se répercute sur les autres taux d’intérêt et incite les entreprises et les ménages à emprunter. La Banque centrale a aussi elle-même investi dans l’économie européenne par l’achat de titres monétaires, injectant aussi de la monnaie – ou des liquidités – dans l’économie réelle.

En conséquence, depuis 2008, l’euro a subi une certaine dévaluation lui permettant d’engranger des excédents commerciaux records et la remontée actuelle est plutôt positive, à condition de ne pas nuire à l’exportation, qui reste un moteur fort de la croissance européenne.

Cet achat de titres (quantitative easing ou QE) doit prendre fin prochainement à la demande pressante de l’Allemagne et c’est l’objet de plusieurs débats du Cercle des gouverneurs.

Plusieurs experts jugent la zone euro suffisamment solide pour supporter un renchérissement de sa monnaie, à l’image de l’économiste Frédérik Ducrozet qui confiait à nos confrères des Echos que l’euro fort compliquerait la communication de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, mais "sans faire dérailler la sortie du QE".

Une analyse qui n’est pas partagée par tous les pays membres, la situation s’avérant être très différente d’un pays à l’autre, comme le disait le FMI début août. L’euro, expliquait le Fonds monétaire international, était il y a un mois trop fort de 8% pour la France, trop faible de 15% pour l’Allemagne. Un écart qui peut être encore plus important pour les pays du sud.

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