Le prélèvement de l'impôt sur le revenu à la source entre en vigueur dès ce mois de janvier. La grande question est celle d'un possible choc psychologique. Les détracteurs de la mesure n'en doutent pas, mais pour les économistes et même les commerçants, rien n'est moins sûr.

Le prélèvement à la source va-t-il provoquer un choc pour les contribuables ou pas ?
Le prélèvement à la source va-t-il provoquer un choc pour les contribuables ou pas ? © Maxppp / Julio PELAEZ

À partir de ce mois de janvier, l'impôt sera prélevé directement sur le salaire ou les pensions, et ne sera donc plus acquitté un an après comme c'était le cas jusqu'ici. L'effet de la réforme, engagée sous le quinquennat de François Hollande et déjà reportée une fois, est encore inconnu.

Sa mise en œuvre a suscité d'abord la préoccupation des chefs d'entreprise devenus, de fait, des collecteurs d'impôts. Certains craignaient les bugs. Puis l'opposition a fait entendre sa voix, sur les problèmes de confidentialité. Et pour finir l'inquiétude s'est emparée de l'Élysée qui a commencé à se demander si les Français n'allaient pas réduire leur consommation en voyant leur revenu diminuer en bas de leur feuille de paie.

Un économiste pas très inquiet...

Il faut d'abord rappeler que le prélèvement à la source ne concerne que les 43% des Français qui payent les impôts sur le revenu. Et parmi eux, 60% sont déjà mensualisés. Ils connaissent donc le budget dont ils peuvent disposer à la fin du mois.

Ceux qui peuvent être déstabilisés sont donc surtout la minorité de foyers fiscaux qui ne sont pas mensualisés. Mais la encore, selon Philippe Moati, professeur d'économie à l'Université Paris-Diderot, co-fondateur de l'Observatoire Société et Consommation, si choc il y a, il sera court. Et pas forcément très violent : "Moi je ne dirais pas un choc, peut-être un effet psychologique en particulier pour les contribuables qui ne sont pas mensualisés et qui risquent d'avoir une petite mauvaise surprise dans la mesure où ils vont devoir payer leurs impôts désormais chaque mois. À l'inverse, les contribuables mensualisés pourraient avoir plutôt une bonne surprise, puisque leur impôt sera divisé par 12 alors qu'il l'était par 10.  Ils constateront donc un petit surplus à la fin du mois sur leur compte en banque."

Selon Philippe Moati, "S'il doit y avoir un effet il sera certainement plus modeste et beaucoup moins durable que celui associé au passage à l'euro qui lui a été profond et durable."

... et des commerçants sereins

De leur côté, les représentants des commerçants se disent sereins. C'est surtout la crise des Gilets jaunes qui leur a fait perdre du chiffre, estime le président de leur confédération François Palombi : "Je ne vais pas vous dire que ça va être une psychose de plus, que ça va arrêter le commerce. Non, vous vous souvenez quand même qu'il y a quelques mois les Français étaient pour. Donc je ne pense pas que ça soit un événement qui ralentisse les achats."

Une approbation qui ne s'est pas démentie. Selon un sondage Elabe/Les Échos, publié le 20 décembre, 68% des Français se disent favorables au prélèvement à la source, ils sont même 77% chez les contribuables mensualisés.

Le salaire net d'impôt pourrait même, selon les commerçants, donner une meilleure visibilité au consommateur sur ce qu'il peut dépenser ou pas, facilitant, espèrent-ils, leurs décisions d'achat en magasin.

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