Dix ans après la vague de suicides qui a touché France Télécom (Orange aujourd’hui), le procès s’ouvre ce lundi. Entre 2006 et 2008, 19 salariés ont mis fin à leurs jours, alors que le groupe était en pleine restructuration. Un ancien salarié témoigne. L'avocat d'un cadre réfute tout harcèlement.

Le procès France Télécom s'ouvre ce lundi.
Le procès France Télécom s'ouvre ce lundi. © Getty / Pascal Le Segretain

Il se considère comme "un rescapé". Yves Minguy, 67 ans, est un informaticien tombé dans une profonde dépression. En 2006, France Télécom, très endetté et confronté à la concurrence, souhaite voir partir 22 000 salariés en trois ans. Yves Minguy est arrivé dans les années 70 à France Télécom, "entré pour un challenge" se souvient-il. "À l'époque il y avait Giscard d'Estaing qui voulait donner la tonalité à tout le monde. Donc on est tous rentré là-dedans avec la foi de faire quelque chose. Puis après ça à commencer à se dégrader dans les années 2005."

Je n’y suis jamais retourné 

Yves Minguy étais cadre : "J'étais responsable d'une équipe de 22 personnes. Petit à petit, on vous retire des choses dans votre fiche de poste et puis vous vous retrouvez au placard". Il se souvent d'un matin précis : "Vous arrivez, on vous dit de poser vos affaires, d’arrêter là, et d’aller répondre au téléphone. Il y a de la violence dans le geste. Vous prenez ça dans la figure, j’ai vu le médecin du travail, il m’a mis en arrêt et il a demandé à me faire reconduire chez moi.

"Ce que je voudrais, c’est qu’ils le reconnaissent. Qu’ils disent qu’ils ont fait une connerie"

Cet ancien de France Télécom aimerait que les responsables "reconnaissent" qu'ils ont "fait une connerie" et même s'il "n'est pas indemnisé". C’est terrible. "Je n’y suis jamais retourné. J’ai jamais pu remettre les pieds dans le bâtiment" poursuit-il pour raconter son traumatisme.  

Faire de ce procès un débat de société

Les parties civiles espèrent faire de cette audience un véritable débat de société. Entre 2006 et 2008, les fermetures de site et les pressions se multiplient, des mobilités sont forcées, jusqu’à cette série de suicides qui donne l’alerte. Sébastien Crozier est responsable du syndicat CFE-CGC à France Télécom : "À titre personnel, j’ai assisté à l’agonie d'une de nos collègues, celle qui s’est jetée du cinquième étage, c’est des moments d’une extrême violence. Les suicides, ce ne sont que la partie émergée de cette immense violence sociale."

L’accusation dénonce une politique d’entreprise qui visait à déstabiliser les salariés et les agents pour les faire partir à moindre coût. Un harcèlement qui remonterait à la direction. "C’est faux" réplique Patrick Maisonneuve, l’avocat de l’un des cadres renvoyé devant le tribunal : "Il fallait trouver des solutions, trouver de la mobilité, de la reconversion. Les choix qui ont été fait ont tenu compte d’une réalité économique et sociale. Ce n’est jamais totalement satisfaisant, j’en ai bien conscience." L'avocat poursuit : "Mais de là à dire qu’il y a eu un comportement d’harcèlement moral infractionnel, non, je ne pense pas."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.