Comment, quand on est une grande banque, résister à la poussée des petits concurrents portés par les technologies ? Avec de bonnes idées et un peu d'imagination.

Avec C-Zam, Carrefour s'immisce dans le cercle fermé de la banque de détail 100% en ligne.
Avec C-Zam, Carrefour s'immisce dans le cercle fermé de la banque de détail 100% en ligne. © AFP / PHILIPPE HUGUEN

Alors que Carrefour met les deux pieds dans la secteur de la banque de détail, non plus seulement en proposant des crédits, de l’épargne ou de l’assurance, mais en proposant un compte courant sur internet, c’est un acteur de plus qui vient croquer dans le gâteau bancaire. Un gâteau qui a toujours suscité un foisonnement d’idées au service de consommateurs en mal de transparence, de qualité de service et de concurrence.

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Les crédits à la consommation

C’est, depuis la libéralisation du secteur bancaire en 1984, un des segments les plus concurrentiels de l’activité bancaire, qui a donné naissance à des établissements spécialisés.

Aujourd’hui, alors que le crédit à la consommation tend à plafonner (33,8 % des ménages en détenaient en 2008, 25,5 % aujourd’hui), la plupart des établissements qui en proposent restent sous le contrôle des banques.

Mais la tendance à s’en affranchir n’a pas fléchi : dernier avatar du crédit en date, le crowdfunding qui, via des plateformes internet, permet de lever des fonds auprès de proches ou de moins proches, sans conditions particulières. Pour l’instant, les banques ne s’en inquiètent pas.

Les services boursiers

Souvenez-vous : 1998, naissance de Boursorama, une start-up qui pilote « un site (internet) incluant tous les cours de Bourse, fiable, efficace et rapide ». Ajoutez « indépendant » aux différents qualificatifs et vous obtenez le leader de l’information boursière, en pleine bulle internet. Une bulle à laquelle Boursorama survivra, se lancera dans les transactions boursières, avant d’être racheté (indirectement) par… la Société Générale.

Plutôt que d’essayer de créer un leader dans son secteur, autant racheter le numéro 1. La Société Générale, qui proposait des services boursiers sur Minitel à l’époque, s’est modernisée par procuration.

Le courtage en crédit

L’activité n’est pas nouvelle (elle date des années 1970), mais la fluidité numérique lui a donné un nouvel élan. Vous cherchez à financer l’achat de votre maison, deux options s’offrent à vous : faire le tour, banque par banque, des différentes offres, choisir la meilleure et négocier les fonds; ou bien faire appel à un organisme qui, connaissant toutes les offres, vous orientera vers celle qui vous correspond le mieux, et qui aura négocié des conditions avantageuses pour plus d’une personne.

A l’heure où 99% des Français ont un compte en banque, recruter des clients a un prix. Un demandeur de crédit immobilier, c’est potentiellement un client pour longtemps. Les banques traditionnelles versent des commissions aux courtiers, apporteurs d’affaires, de même qu’elles lui abandonnent les frais de dossier. Par ailleurs, aujourd’hui, les courtiers demeurent des sources d’information très efficaces pour les emprunteurs.

La banque en ligne

Quelle différence y a-t-il entre un humain qui, devant vous, interroge un logiciel et vous qui consultez un site web ? Le conseil, éventuellement ; les horaires d’ouverture, aussi ; le coût, certainement. Lorsque les premiers services bancaires sont apparus en ligne, c’était sur Minitel. Ils ont été portés sur internet, ensuite, mais les banques continuaient de les facturer (alors qu’ils correspondaient à une baisse des coûts !).

Aujourd’hui, la plupart des banques en ligne émanent des gros réseaux bancaires qui, du coup, n’ont pas eu à changer leurs pratiques : le low-cost, c’est les autres. Boursorama Banque pour la SocGen, BforBank pour le Crédit agricole, Fortuneo, Hello Bank pour BNP Paribas… Et lorsqu’un nouveau joueur rejoint la partie, il ne tarde pas à rentrer dans le rang, à l’instar de Nickel : lancé par les buralistes, il vient d’être racheté par BNP Paribas.

Les systèmes de paiement

Les banques n’ont plus le monopole des instruments de crédit et de paiement depuis le siècle dernier. Très tôt, les groupes de distribution ont émis des cartes de crédit en leur nom propre. Mais dans un pays où 1 paiement sur 2 se fait par carte bancaire, il est difficile de révolutionner les usages. Les établissements financiers innovent et ne cesseront sans doute pas de le faire, avec le paiement sans contact par exemple (Moneo...).

Mais face à eux, ce ne sont plus des start-up qui menacent : les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon et les autres) sont à la manœuvre, avec des solutions de paiement à l’échelle de leurs marchés : massifs et mondiaux. Lancé en 2014, ApplePay, le service de paiement par mobile d’Apple, a emmené avec lui les géants de ce secteur : Visa, Mastercard et American Express. Depuis son arrivée en France, seules trois banques proposent le service à leurs clients : Banque populaire, Caisse d’épargne et… Carrefour Banque.

Le même qui vient juste de secouer le petit monde de la banque française.

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