Le directeur général de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), Benoît Loutrel, s'apprête à quitter ses fonctions pour passer chez Google.

Benoît Loutrel, directeur général de l'Arcep et futur cadre chez Google
Benoît Loutrel, directeur général de l'Arcep et futur cadre chez Google © AFP / IP3 Press

Connaissez-vous le terme de "pantouflage" ? Issu de l'argot étudiant des polytechniciens, il décrit le fait, pour un haut fonctionnaire, d'aller travailler dans une entreprise privée. Après trois années à la direction générale de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, l'Arcep, Benoît Loutrel va donc "pantoufler" : il s'apprête à devenir directeur des affaires publiques de Google France, selon le site spécialisé Le monde informatique qui en a obtenu la confirmation lundi.

Benoît Loutrel est entré en 2004 à l'Arcep, où il a été d'abord directeur du département de régulation des marchés fixe et mobile, puis directeur général adjoint, avant de devenir en 2013 directeur général de l'institution, chargée de veiller à la bonne tenue d'une concurrence loyale entre les différents opérateurs, et à s'assurer que chaque opérateur autorisé à utiliser des fréquences de télécommunications respecte bien ses engagements de service.

Risque de téléscopage ?

Problème : passer de l'autorité chargée de la régulation du marché des communications numériques (et notamment compétente en matière de neutralité de l'Internet, c'est-à-dire du fait que sur Internet, une multinationale a la même qualité de service et de débit qu'un particulier), à l'une des plus grosses entreprises du numérique pose des questions de conflit d'intérêt.

Pour la sénatrice UDI Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission Culture et communication du Sénat, le recrutement de Benoît Loutrel chez Google représente le risque que "des fonctions au service de l’intérêt général se télescopent sans aucun temps mort avec des intérêts personnels et des intérêts industriels", d'autant plus que le recrutement intervient au moment où l'Arcep doit se prononcer sur le caractère d'opérateur télécom de Google".

Google revendique ces recrutements

Du côté de la firme de la Silicon Valley, la volonté de recruter des personnalités ayant appartenu à des administrations compétentes n'est pas un secret : dans la culture américaine, le lobby est intégré aux modes de gouvernance, là où il apparaît plus comme un "sous-système" en France notamment. Sur le site dédié à ses activités de lobbying, Google a donc annoncé avoir recruté en dix ans 65 collaborateurs issus de ces administrations au sein de l'Union européenne.

Quant à l'Arcep, elle affirme que le directeur général "a naturellement sollicité - et reçu - l'accord de la commission de déontologie" par laquelle doivent passer les agents publics pour "pantoufler".

Ce n'est pas la première fois que ce type d'opérations suscite la controverse : en jullet dernier, le recrutement de l'ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso au sein de la banque d'investissement Goldman Sachs avait provoqué de nombreuses réactions.

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