C'est l'une des plus grosses sorties de l'année (si ce n'est la plus grosse) : "Red Dead Redemption 2", un jeu vidéo gigantesque dans un Far West recréé jusque dans ses moindres détails. Une sortie très attendue, qui s'accompagne d'une polémique sur les conditions de travail durant ses derniers mois de développement.

Red Dead Redemption 2, suite très attendue d'un des plus grands succès critiques et publics du jeu vidéo
Red Dead Redemption 2, suite très attendue d'un des plus grands succès critiques et publics du jeu vidéo © Capture YouTube

C'est le jeu vidéo le plus attendu de l'année et il sort aujourd'hui : Red Dead Redemption 2, par les créateurs de Grand Theft Auto V, l'un des gros succès vidéoludiques de l'histoire (près de 100 millions d'exemplaires vendus). La fin d'une longue attente pour les fans de Rockstar, le studio qui développe ce jeu depuis plus de sept ans... Et une dernière ligne droite particulièrement intense pour ses employés, dont les conditions de travail font polémique depuis quelques jours.

Tout est parti d'une petite phrase du co-fondateur du studio, évoquant ses quelques semaines de travail de 100 heures pendant l'année 2018. Il faut dire que ce jeu fait partie des plus ambitieux jamais produits, avec ses 300.000 animations, ses 500.000 lignes de dialogues et plus largement sa reproduction sans précédent du Far West américain, peuplée de milliers de personnages et de 200 espèces d'animaux différentes.

Passion, sueur et parfois peur

Une ambition qui a aussi un prix. Le Monde évoque un "rythme infernal" pour les employés. Et le journaliste de Kotaku Jason Schreier, qui a longuement enquêté sur les conditions de travail dans le jeu vidéo, n'y a pas par quatre chemins : il estime qu'il y a chez Rockstar une véritable "culture du crunch", ces périodes courtes où tout le monde redouble d'efforts pour que la date de sortie soit respectée. Sauf que pour Red Dead Redemption 2, le crunch durerait depuis au moins un an, voire deux.

Un système bien établi qui repose évidemment beaucoup de la passion des employés pour le jeu vidéo et pour l’œuvre sur laquelle ils travaillent. "Je crois que j'apprécie ce boulot plus que n'importe quelle autre activité", explique ainsi un salarié.

Si beaucoup s'investissent volontairement dans un projet qui les enthousiasme, ce problème ne touche pas de la même manière les différents métiers du studio. Dans la branche anglaise, par exemple, le travail consiste principalement à tester différentes portions du jeu pour identifier des bugs. Un boulot génial, reconnaît un employé, sauf en période de crunch. "Personne ne peut tenir le coup sur une année entière à ce rythme", explique-t-il.

Ailleurs dans le studio, plusieurs témoignages utilisent même le terme de "culture de la peur" dans l'entreprise, qui pousserait les employés à travailler plus, sans pression directe. "Venir les week-ends, c'est le seul moyen de montrer que tu te consacres pleinement au projet", raconte l'un d'eux. "Tu peux être très efficace et travailleur en semaine, mais si tu ne viens pas le week-end, on t'accuse de ne pas faire ta part, et tu es constamment harcelé."

D'anciens employés se sont aussi emparés de la polémique pour raconter leur propre expérience passée. Job J Stauffer explique par exemple que "pendant l'ère GTA IV [un précédent jeu du studio], c'était comme travailler avec un flingue sur la tête sept jours par semaine".

Plusieurs journalistes se sont également heurtés à une forme d'omerta en voulant interroger des employés du studio.

Face aux débats sur le sujet, Rockstar a finalement changé de stratégie et autorisé ses employés à raconter leurs conditions de travail sur les réseaux sociaux. De nombreux témoignages positifs sont donc apparus rapidement après ce feu vert, cette fois pour défendre l'entreprise. Avec sa bénédiction.

"Nous ne demandons à personne de travailler de cette manière"

Poussé à faire une entorse à la culture du secret de l'entreprise, Dan Houser, co-fondateur de Rockstar, assure dans un communiqué que, s'il est lui-même le premier à multiplier les heures supplémentaires au travail, il "ne demande évidemment à personne de travailler de cette manière. Cet effort supplémentaire est un choix, personne, quelle que soit sa place dans l'entreprise, n'est jamais forcé à travailler dur. Je pense que nous faisons beaucoup pour faire tourner une entreprise qui se préoccupe de ses employés"

Un autre employé assure de son côté que "le crunch sur Red Dead Redemption 2 était infiniment plus facile que celui sur GTA V, où j'ai passé un mois à travailler plus de 70 heures par semaine, alors même que mon patron me répétait de rentrer chez moi." Mais pour un autre, dire que le crunch est optionnel est ridicule : "il est optionnel si vous voulez perdre votre boulot ou ne jamais progresser dans votre carrière". Des arguments qui rappellent ceux entendus sur une autre entreprise, Quantic Dream, qui avait fait l'objet en janvier dernier de trois enquêtes journalistiques sur les conditions de travail de ses employés.

Et le jeu dans tout ça ? Red Dead Redemption 2 s'annonce exceptionnel, selon ceux qui ont eu la chance de l'essayer, et il devrait donc se vendre par millions. Tant mieux pour les salariés : leur bonus annuel est lié au succès du jeu, et ils ont misé beaucoup de leur temps et parfois de leur santé pour qu'il soit significatif.

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