Muriel Pénicaud présente ce mercredi les dernières ordonnances concernant le CFP, le compte personnel de formation. Ce dispositif lancé en 2014 a du mal à se faire connaitre des salariés, qui l'utilisent peu.

7% seulement des salariés ont bénéficié d’une formation dans le cadre de leur CPF
7% seulement des salariés ont bénéficié d’une formation dans le cadre de leur CPF © Getty / Juanmonino

Lancé en janvier 2015 pour remplacer le DIF (droit individuel à la formation), le CPF (compte personnel de formation) est encore très peu utilisé. D'après une étude parue en juin, seulement 1 actif sur 4 le connaît. À cette même date, 70% des salariés n’avaient toujours pas ouvert en ligne leur compte personnel de formation.

7% seulement de ces mêmes salariés ont bénéficié d’une formation dans le cadre de leur CPF. Les autres continuent à solliciter leurs employeurs pour obtenir des formations par le biais du plan de formation de l'entreprise. 

Pourtant, la transformation du DIF en CPF se voulait un moyen d’autonomiser les salariés, leur donner les moyens de prendre en main leur formation tout au long de leur vie professionnelle. Mais seul, le salarié ne prend pas souvent cette initiative, avant tout parce qu’il ne sait pas vers qui se tourner.

Pour fluidifier et faciliter l'accès à la formation, le gouvernement a réformé ce CPF. Depuis janvier 2019, vos heures de formation ont été converties en euros. 

Le système mis en place est le suivant : les salariés cumulent des heures, au nombre de 24 par an, dans la limite de 150 heures sur 8 ans. Ces heures n'ont pas été perdues mais converties en euro, à raison de 15 euros de l’heure. En moyenne, on reçoit chaque année, pendant 10 ans, 500 euros sur son compte (avec un plafond de 5 000 euros) ou 800 euros si l'on est travailleur handicapé ou que le niveau de qualification est faible. 

Loin du compte ?

Pour certains organismes de formation, le compte n'y est pas. Beaucoup jugent que l'on est loin de la réalité du coût moyen d’une heure de formation, c'est-à-dire 38 euros. La valeur fixée par le gouvernement à 15 euros de l’heure, rendra le financement d'une formation plus compliqué. 

Exemple : un cadre ayant travaillé une dizaine d'années, bénéficie de 900 euros de formation sur son compte, quand une formation pour un CAP boulanger sans spécialisation coûte entre 1 000 et 1 500 euros. Pour un CAP de fleuriste, il faut compter entre 2 000 et 2 500 euros.

Autant dire qu'avec son simple CPF, le salarié sera parfois obligé de se lancer dans la chasse au financement avec souvent la nécessité d’une aide de son propre patron. De fait, ce droit qui est censé être celui du salarié notamment en matière de reconversion, sera d’autant plus dépendant du bon vouloir de l’entreprise. Il y a fort à parier que celle-ci ne mettra pas d’argent dans un projet professionnel dont elle ne bénéficiera pas. Quid par exemple des reconversions professionnelles ?

Deux phénomènes sont à craindre, par ailleurs. D’une part la généralisation des formations en ligne avec une absence de mise en pratique. Et d'autre part, comme on le souligne à l'Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes, le risque de laisser le salarié peu qualifié en totale perdition face à la jungle des propositions de formation qu'il recevra via l'application lancée par le gouvernement.

Il n'y aura certes plus d'intermédiaires mais les organismes de formations ne sont pas seulement des vendeurs. Pour une partie d'entre eux au moins, ils s'attachent à définir les besoins du salarié en matière de formation et non pas à lui vendre n'importe quel produit. 

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