Dans quelle mesure les jeunes générations, les étudiants et les jeunes travailleurs se retrouvent-ils particulièrement exposés durant cette rentrée face aux enjeux économiques qu'implique la crise sanitaire ? Explications avec les invités du "Téléphone sonne" au micro de Frédéric Barreyre.

Rentrée 2020 : pourquoi les étudiants et les jeunes travailleurs sont-ils particulièrement vulnérables ?
Rentrée 2020 : pourquoi les étudiants et les jeunes travailleurs sont-ils particulièrement vulnérables ? © Getty / elenaleonova

Florent Gueguen est directeur général de la Fédération des Acteurs de la Solidarité et Orlane François est présidente de la Fédération des Associations Générales Étudiantes (FAGE). 

Alors que les jeunes générations faisaient déjà face à un environnement particulièrement difficile dans la vie de tous les jours, dans les relations au quotidien avant la crise sanitaire actuelle, les invités du Téléphone sonne expliquent en quoi la rentrée risque d'être particulièrement anxiogène pour les jeunes travailleurs et étudiants.

Les étudiants doublement touchés par la crise du Covid-19

François Gueguen et Orlane François montrent que les plus jeunes se retrouvent actuellement doublement victimes car, en plus d'une situation sanitaire difficile et stressante, s'ajoute une situation financière qui continue de s'aggraver. Elles se superposent l'une et l'autre et ne facilitent pas les conditions d'autonomie financière des plus jeunes : 

François Gueguen : "La situation n'est pas seulement anxiogène, elle est déjà très difficile dans leur vie quotidienne. Le taux de pauvreté touche les jeunes beaucoup facilement que le reste de la population : ce sont près de 24 % des jeunes sur la tranche des 18-25 ans, soit 10 points de plus que la population nationale. De même pour le taux de chômage qui est quasiment le double pour cette tranche d'âge par rapport au reste de la population.

On s'oriente vers une situation qui s'aggrave au vu des conséquences économiques et sociales difficiles pour les jeunes. Ce sont eux qui ont souffert les premiers des suppressions d'emploi, notamment de l'effondrement des CDD, des intérims, des emplois saisonniers, de l'absence de stages et on sait que la rentrée pour les jeunes, notamment pour les moins qualifiés et ceux qui ont le plus de difficultés à entrer sur le marché du travail, va être terrible. Les associations craignent d'ailleurs une explosion de la pauvreté des jeunes d'ici la fin de l'année 2020, car tous les indicateurs sont au rouge. Nous craignons une jeunesse sacrifiée".  

Orlane François d'ajouter que "l'aggravation de la situation financière des plus jeunes représente, pour eux, un coût de 3,21 % en plus qu'en 2019 d'où de nouvelles dépenses qui viennent se greffer du fait de la crise sanitaire". 

On risque d'avoir une génération sacrifiée sans réponses conséquentes…

Les jeunes de 18-25 ans pénalisés par l'absence de RSA

Le directeur général de la Fédération des Acteurs de la Solidarité et la présidente de la Fédération des Associations Générales Étudiantes (FAGE) insistent ensuite sur les enjeux que peuvent actuellement susciter l'absence de droits du RSA, fermés aujourd'hui aux 18-25 ans. On se retrouve, d'après eux, dans une situation paradoxale où les jeunes sont les premières victimes de la crise économique car ils sont aujourd'hui les moins bien protégés. On s'orienterait vers ce qu'ils appellent "une bombe à retardement" de toute une classe d'âge paupérisée, sans ressources, car ne bénéficiant pas toujours de la solidarité familiale : 

Orlane François : "Aujourd'hui, quand on a moins de 25 ans en France, qu'on a perdu son emploi ou qu'on n'a pas trouvé d'emploi pour s'insérer sur le marché du travail, aucune aide n'existe pour soutenir les jeunes. 

Aujourd'hui, le RSA (le Revenu de Solidarité Active) n'est pas ouvert aux moins de 25 ans. 

Quand on est un jeune ayant fait des études ou ayant peu de qualifications, qui cherche à s'insérer sur le marché du travail et qui ne trouve pas parce qu'on sait que c'est compliqué, les jeunes disposent de très peu voire pas du tout d'aide pour se déplacer ou pour se loger. D'autant que les familles ne peuvent pas assumer, pour beaucoup, certaines de ces dépenses". 

Florent Gueguen : "On a vu, pendant la période de confinement et ensuite, de nouveaux publics, plutôt jeunes, faire appel à des dispositifs de grande exclusion : l'hébergement, le 115, mais aussi et surtout l'aide alimentaire. Ce sont des jeunes qui ont perdu leur travail, qui manquent de ressources. Ils sont victimes d'un système français de protection sociale qui est incapable de réagir à cette situation faute de droits à un revenu minimum vital". 

Quand la crise sanitaire prive les jeunes d'emplois saisonniers pour financer leur année scolaire

Les deux invités mettent ensuite en lumière le problème que pose l'absence potentielle d'un travail saisonnier pour financer ses propres études à l'année. Beaucoup comptent sur le travail saisonnier pour financer leurs études. Cela était déjà compliqué cet été, et cela risque de l'être tout autant dès la rentrée. Des pertes de revenus subies par beaucoup d'étudiants qui avaient prévu de travailler cet été et qui n'ont pas pu par la force des choses. Un manque de ressources au cours de ces derniers mois pourraient induire des conséquences très graves à la rentrée pour certains étudiants : 

Orlane François : "Beaucoup ont dû faire face, cet été, à l'impossibilité d'effectuer des jobs saisonniers. Et plus que pour financer leurs deux mois d'été, c'est surtout pour financer l'année d'étude qui arrive, qu'un job d'été devient indispensable. À savoir qu'en parallèle, il faut aussi pouvoir payer son logement, disposer d'un budget pour sa nourriture, payer ses abonnements de transport. Tout cela coûte beaucoup d'argent. 

1200 euros en moyenne par mois, c'est ce qu'un étudiant doit être capable de payer pour vivre seul correctement.

Beaucoup de familles ont été très impactées par la crise et ne seront donc plus en capacité de donner de l'argent à leurs enfants tous les mois pour payer leur loyer et leur besoin d'études. Beaucoup ne sont pas boursiers et rencontrent autant de difficultés financières. De plus en plus de jeunes travaillent pendant leurs études, car le système de bourse français n'est lui-même plus suffisant parfois pour pouvoir étudier sans avoir à travailler à côté. 

Certains ont dû parfois revoir totalement leur projet d'orientation. Celles et ceux qui voulaient partir à plusieurs centaines de kilomètres de chez leurs parents, parce qu'une université ou une école les intéressait, ont finalement abandonné l'idée parce qu'impossible de financer un déménagement ou un appartement". 

Quelques chiffres

À rappeler que selon une enquête effectuée par la FAGE (Fédération des Associations Générales Étudiantes) réalisée avec Ipsos, ce sont près des trois quarts des 18-25 ans qui auraient rencontré des difficultés financières au cours des derniers mois. La moitié affirme avoir rencontré des difficultés à payer leur loyer et à s'alimenter correctement. Quand un jeune sur deux estime qu'il pourrait avoir la possibilité d'être un jour confronté à une situation de précarité élevée, plus de huit étudiants sur dix ont le sentiment d’avoir décroché dans leurs études pendant le confinement. Près de quatre jeunes sur dix (36%) à la recherche d’un emploi, engagés dans un processus de recrutement au moment du confinement, ont vu ce processus annulé ou suspendu.

Aller plus loin

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